I. Nom qu*on donne aux Indiennes
DEERSLAYE»
— Et vous, Deerslajer, dit Judiih avec vivacité, et avec plus de sensibilité que n'en montraient d'ordinaire ses manières légères et insouciantes ; n'avez- vous jamais éprouvé combien il est agréable d'écouter le rire de la fille que vous aimez?
— Dieu vous bénisse , Judith ! Je n'ai jamais vécu assez longtemps parmi les femmes de ma couleur pour tomber dans cette sorte de sentiment. Non, jamais! J'ose dire qu'ils sont naturels et justes; mais pour moi, il n'est pas de musique aussi douce que les soupirs du vent dans les cimes des arbres , et que les bouillonnements des eaux d'une source fraîche et pure ; si ce n'est pourtant , continua- t-il en laissant retomber un instant sa tète d'un air pensif ; si ce n'est pourtant l'aboiement d'un certain chien , quand je suis sur les traces d'un daim bien gras. Quant à d'autres chiens que celui-là, je m'inquiète peu de leurs aboiements; car ils semblent être aussi prêts à parler quand le daim n'est pas en vue que quand il y est.
Judith s'éloigna lentement et d'un air pensif ; et il n'y eut aucun de ses calculs ordinaires de coquetterie dans le soupir tremblant et léger qui s'échappa de ses lèvres à son insu. D'un autre côté, Hetty écouta avec une attention réelle, quoiqu'il semblât étrange à son esprit borné que le jeune honmie pût préférer la mélodie des bois aux chants des jeunes filles, ou même au rire de l'innocence et de la joie. Néanmoins, accoutumée comme elle l'était à s'en rapporter en toutes choses à sa sœur, elle suivit bientôt Judith dans la cabine, où elle s'assit, et resta occupée à réfléchir à quelque événement , résolution ou opinion , qui resta un secret pour tout autre qu'elle-même. Une fois seuls, Deerslayer et son ami reprirent leur entretien.
— Le jeune chasseur à visage pàle est-il depuis longtemps sur ce lac? demanda le Delaware après avoir attendu par courtoisie que son compagnon parlât le premier.
— Seulement depuis* hier à midi. Serpent, quoique ce temps ait été assez long pour voir et faire beaucoup de choses.
Le regard fixe que l'Indien attachait sur son compagnon était si perçant , qu'il semblait défier l'obscurité croissante de la nuit. En le regardant furtivement à son tour, son ami vit ses deux yeux noirs briller comme ceux de la panthère ou du loup pris au piège. Il comprit le langage de ces regards étincelants , et il y répondit évasivement , de la manière qu'il crut la plus en harmonie avec la modestie d'un blanc.
— C'est comme vous le soupçonnez, Serpent; oui , c'est un peu
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comme cela : j*ai rencontré Tennemi, et je suppose qa'oo peut dire aussi que je Tai combattu.
Une exclamation de ravissement échappa à Flndien ; ^"uis il demanda à son ami , en lui pressant vivement le bras , s*il y a^ail eu des chevelures de prises.
— Je soutiendrai en présence de toute la tribu delaware, en présence du vieux Tamenund, et de votre père le grand Uncas, aussi bien qu'en présence des autres , que cela est contre les dons de rhomme blanc! Ma chevelure est sur ma tête, ainsi que vous pouvez le voir, Serpent, et c'était la seule chevelure qui fût en danger, quand un des combattants était blanc et chrétien.
— Aucun guerrier n'est-il tombé? Ce n'est point parce qu'il n'a pas le coup d'œil prompt et sûr que Deerslayer a obtenu son nom.
— Sous ce rapport, chef, vous êtes près d'avoir raison, et par conséquent plus près de la réalité. Je crois pouvoir dire qu'un Mingo est tombé.
— Un chef? demanda l'autre avec une brusque véhémence.
— Ah ! c'est plus que je ne sais ou que je ne puis dire. Il était rusé, perfide, et plein de bravoure; il pourrait bien avoir obtenu assez de popularité dans sa peuplade pour être arrivé à ce rang. L'honmie se battit bien, quoiqu'il n'eût pas l'œil assez prompt pour combattre un homme formé à votre école, Delaware.
— Mon frère a-t-il frappé le corps?
— Cela était inutile , attendu que le Mingo mourut dans mes bras. Mais autant vaut dire la vérité tout d'un coup. Nous avons combattu, lui comme un homme doué des dons rouges, et moi comme un homme doué des dons de ma couleur. Dieu m'a donné la victoire; je ne pouvais pas offenser sa providence en oubliant ma naissance et ma nature. Il m'a fait blanc, et blanc je dois vivre et mourir.
— Bon! Deerslayer est une Face-Pàle, et il a les mains d'une Face-Pàle. Un Delaware ira chercher la chevelure pour la suspendre à un pieu, et chanter une chanson en son honneur à son retour chez les siens. L'honneur appartient à la tribu; il ne doit pas être perdu.
— Cela est aisé à dire, mais peu facile à faire. Le corps du Mingo est entre les mains de ses atnis, et, sans doute, caché dans quelque trou où toute l'adresse d'un Delawaie ne pourra jamais trouver la chevelure.
Le jeune homme fit alors à son ami un récit succinct mais clanr de l'événement de la matinée, sans rien cacher d'important, et ce-
DEERSLÂYEK
pendant passant rapidement sur le tout avec modestie, et évitant ayec soin de se yanter comme le font ordinairement les Indiens. Ghingachgook exprima de nouveau sa satisfaction de la victoire remportée par son ami ; puis ils se levèrent tous deux, car à Theure qu*il était il devenait prudent d'éloigner Farche à une plus grande distance de la terre.
Il faisait tout à fait sombre en oe moment ; le del s'était couvert de nuages , et les étoiles étaient cachées. Le vent du nord avait cessé, comme d'ordinaire, au coucher du soleil, et une légère brise s'élevait du sud. Gomme ce changement favorisait les desseins de Deerslayer, il leva son grappin, et Farche commença aussitôt, et d'une manière tout à fait sensible, à dériver plus avant dans le lac. La voile fut établie , et alors la vitesse du soow augmenta de près de près de deux milles par heure.
De cette façon , comme il était inutile de ramer, sorte d'occupation peu goûtée d'un Indien , Deerslayer, Ghingachgook et Judith s'assirent à l'arrière de l'esquif, dont le premier dirigea les mouvements en tenant l'aviron qui servait de gouvernail. Là, ils s'entretinrent de leurs desseins futurs, et des moyens à employer pour parvenir à délivrer leurs amis.
Judith prit part à cet entretien. Le Delaware comprenait aisément tout ce qu'elle disait, et ses réponses et ses remarques, rares mais énergiques, étaient de temps à autre traduites en anglais par son ami. Judith gagna beaucoup dans l'esprit de son compagnon durant la demi-heure qui suivit. Prompte dans ses résolutions et ferme dans ses projets, ses avis et ses expédients se ressentaient de son ardeur et de sa sagacité, qualités qui toutes deux étaient de nature à trouver faveur auprès d'habitants de la frontière. Les événements qui s'étaient passés depuis leur rencontre, aussi bien que sa position dépendante et isolée, portèrent la jeune fille à considérer Deerslayer comme un ancien ami plutôt que comme une connaissance de la veille; et elle avait été tellement séduite par la franche candeur de son caractère et de ses sentiments, chose tout à fait nouvelle pour elle dans notre sexe, que les bizarreries de son ami avaient piqué sa curiosité, et fait naître en elle une confiance que jamais aucun autre homme n'avait éveillée. Jusqu'à ce jour, elle avait été forcée de se tenir sur la défensive dans ses rapports avec les hommes ; — avec quel succès , — c'est ce qu'elle savait mieux que personne ; mais elle venait d'être jetée dans la société et sous la protection d*un jeune homme qui , évidemment, n'avait pas plus de mauvais desseins sur elle que s'il eût été son frère. La pu-
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reté de ses intentions, la poésie et le naturel de ses sentiments, et jusqu'à l'originalité de son langage, tout cela avait contribué à créer une affection qu'elle trouva aussi pure qu'elle était soudaine et profonde. La belle figure et la màle tournure de Hurry n'avaient jamais racheté ses manières brusques et vulgaires; et les relations de Judith avec les officiers qui venaient parfois sur le lac pour pécher et chasser, l'avaient disposée à faire des comparaisons qui ue devaient pas être à ^'avantage du jeune étranger; mais c'étaient ces relations mêmes qui avaient fait naître ses sentiments pour lui. Avec eux, tandis que sa vanité était flattée et son amour propre vivement excité, elle*avait bien des raisons de regretter profondément d'avoir fait leur connaissance , sinon de le déplorer avec un chagrin secret; car il était impossible qu'une intelligence aussi prompte que la sienne ne comprit pas toute la sécheresse qui existe dans les rapports de supérieur à inférieur; elle s'était aperçue aussi qu'elle était regardée comme le passe-temps d'une heure de loisir, plutôt que comme une égale et une amie, par ceux mémos de ses admirateurs en habits rouges qui avaient les intentions les plus louables et les plus désintéressées. D'un autre côté, chez Deerslayer, le cœur était si transparent, qu'on y voyait briller la droiture comme à travers un cristal; et son indifférence même pour des charmes qui avaient si rarement mafiqué de faire sensation , piquait la vanité de la jeune fille, et lui faisait éprouver pour lui un sentiment qu'un autre, en apparence plus favorisé par la nature, n'aurait peutêtre pas su loi inspirer.
Une demi-heure se passa de la sorte. Pendant ce temps , l'arche avait lentement glissé sur l'eau, et les ténèbres s'étaient épaissies. Cependant il était aisé de voir que les sombres masses de la forêt à l'extrémité méridionale du lac commençaient à se perdre dans le lointain , tandis que les montagnes bordant les flancs du magnifique bassin le couvraient de leurs ombres presque dans toute sa largeur. Il y avait, à la vérité, un filet d'eau au centre du lac sur la surface duquel tombait la pale lueur que le ciel répandait encore; cette ligne s'étendait du nord au sud ; et ce fut en suivant cette faible trace , sorte de voie lactée renversée dans laquelle l'obscurité n'était pas aussi épaisse qu'ailleurs, que l'arche continua sa course; car celui qui gouvernait savait bien que cette ligne conduisait au point où il désirait arriver. Le lecteur ne doit pas supposer toutefois qu'il pût exister aucune difficulté à cet égard : la route eût été indiquée par le cours de l'air, s'il eût été impossible de distinguer les montagnes, aussi bien que par le sombre débouché au sud qui
140 DEERSLAYER marquait la position de la yalléede ce côté , au-dessus du mansif de grands arbres , par une espèce d'obscurité adoucie et produite par la différence entre les ténèbres de la forêt et celles de la nuit, différence qui n'est visible que dans Fair. A la fin les détails de cette i»cène attirèrent l'attention de Judith et de Deerslayer, et ils cesfièrent leur entretien, afin de contempler la tranquillité solennelle et le profond repos de la nature.
— C'est une nuit bien obscure, dit la jeune fille après une pause de plusieurs minutes. J'espère que nous pourrons trouver le château.
— Il n'y a guère à craindre que nous le manquions si nous suivons ce chemin tracé au milieu du lac, répliqua le jeune homme. La nature nous a préparé ici une route, et, toute sombre qu'elle est, il y aura peu de difficulté à la suivre.
— N'entendez-vous rien, Deerslayer ? on dirait que l'eau est agitée près de nous !
— Certainement; l'eau a une agitation extraordinaire : c'est sans doute quelque poisson; ces créatures-là se font la guerre comme les hommes et les animaux se la font sur la terre. Un poisson aura sauté hors de l'eau et sera retombé lourdement dans son propre élément. Il n'est prudent à personne, Judith, de vouloir sortir de son élément, puisque la nature veut qu'on y reste; et la nature doit avoir son cours. Ah ! cela ressemble au bruit d'une rame maniée avec des précautions plus qu'ordinaires!
En ce moment le Delaware se pencha en avant, et d'un geste significatif il montra les limites des ténèbres comme si quelque objet eût tout à coup frappé ses regards. Deerslayer et Judith suivirent tous deux la direction de son geste, et tous deux aperçurent une pirogue au même instant.
On voyait obscurément cet inquiétant voisin, que des yeux moins exercés n'auraient peut-être pas pu distinguer, quoique pour ceux qui se trouvaient dans l'arche cet objet fût évidemment une pirogue montée par un seul individu qui se tenait debout et qui ramait. Quant au nombre de ceux qui pouvaient être cachés dans le fond, naturellement on l'ignorait. 11 était impossible de s'éloigner à force de rames d'une pirogue d'écorce conduite par des bras vigoureux et habiles : aussi les deux hommes saisirent-ils leurs carabines dans l'attente d'un combat.
— Je puis aisément abattre le rameur, dit Deerslayer à voix basse, mais nous le hélerons d'abord pour lui demander sa destination. Alors élevant la voix, il cria d'une voix solennelle : Holà! Si vous approchez, je serai obligé de faire feu, quoique malgré moi,
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el ane mort certaine s'ensuivra. Cessez de ramer, et répondez !
— Faites feu , et tuez une pauvre fille sans défense , répliqua une Yoix de femme douce et tremblante j mais Dieu ne vous le pardonnera jamais! Suivez votre route, Deerslayer, et laissez-moi continuer la mienne. ,
— Hetty ! s' écrièrent à la fois le jeune chasseur et Judith ; puis le premier s'élança aussitôt vers Tendroit où il avait amarrée la pirogue qu ils avaient prise à la remorque. Elle était partie, et il comprit toute l'affaire. Quant à la fugitive, effrayée par la menace, elle cessa de ramer, et resta confusément visible, semblable à un spectre à forme humaine debout sur l'eau. Le moment d'après , la voile fut amenée , pour empêcher l'arche de dépasser l'endroit où se trouvait la pirogue. Cette dernière mesure ne fut pourtant pas prise à temps, car l'impulsion que l'arche avait reçue et l'action du vent la portèrent bientôt à distance; de sorte que Hetty se trouva directement au vent, quoique toujours visible, car le changement de position ies deux esquifs avait placé la pirogue dans cette espèce de voie lactée dont nous avons parlé.
— Que signifie ceci, Judith? demanda Deerslayer. Pourquoi votre sœur a-t-elle pris la pirogue et nous a-t-elle quittés?
— Vous savez qu'elle est faible d'esprit, la pauvre fille ! Elle a ses idées à elle sur ce qu'il faut faire. Elle aime son père plus que la plupart des enfants n'aiment leurs parents, et alors
— Alors quoi, Judith? Le moment est critique et veut qu'on dise la vérité!
Judith éprouvait un regret généreux d'être obligée de trahir sa sœur, et elle hésita avant de reprendre la parole. Mais , pressée de nouveau par Deerslayer, et sentant elle-même tous les dangers dont l'imprudence de Hetty les entourait, elle ne put s'en dispenser plus longtemps.
— Eh bien! je crains que cette pauvre insensée de Hetty n'ait pas été entièrement capable de découvrir la vanité, l'emportement, la folie , qui sont cachés sous les beaux traits et la tournure agréable de Hurry Harry. Elle parle de lui en dormant, et parfois elle trahit son penchant, même quand elle est éveillée.
— Vous pensez, Judith, que votre sœur se dispose maintenant à exécuter quelque projet extravagant pour secourir son père et Hurry, projet qui, suivant toute probabilité, rendra ces reptiles, les Mingos, maîtres d'une pirogue?
— Je crains que cela n'arrive , Deerslayer; la pauvre Hetty n'a pas assez d'adresse pour tromper un sauvage.
DEERSLAYER
Pendant ce temps , la pirogue, à Tune des extrémités de laquelle Hetty se tenait debout, était à peine visible, et la dérive plus rapide de l'arche la rendit à chaque instant moins distincte. Il était évident qu*il n'y avait pas de temps à perdre, si Ton ne voulait pas la voir disparaître entièrement. Les carabines furent alors déposées comme inutiles; puis les deux hommes saisirent les rames et mirent le cap du scow dans la direction de la pirogue. Judith , habituée à cette fonction, s'élança à Fautre bout de Tarche , et se plaça à ce qu'on pourrait appeler le gouvernail. Hetty s'alarma à la vue de ces préparatifs , qui ne purent être faits sans bruit , et elle s'éloigna tout à coup comme un oiseau prend son vol à l'approche d'un danger inattendu.
Comme Deerslayer et son compagnon ramaient avec 1 énergie d'hommes qui comprenaient la nécessité de déployer toute leur vigueur, et comme les forces de Hetty étaiwit en partie paralysées par l'agitation où la jetait son désir d'échapper, la chasse aurait été promptement terminée par la prise de la fugitive, si elle n'eût fait plusieurs détours brusques et imprévus. Ces détours lui firent gagner du temps, et ils eurent aussi pour résultat de porter graduellement la pirogue, ainsi que l'arche, dans l'obscurité plus profonde que répandaient les ombres des collines. Ces détours augmentèrent en outre peu à peu la distance qui séparait la jeune fille de ceux qui la poursuivaient, jusqu'au moment où Judith cria à ses compagnons de cesser de ramer, car elle avait complètement perdu de vue la pirogue.
Quand cette nouvelle mortifiante fut annoncée, Hetty se trouyait assez près de l'arche^ pour saisir chaque syllabe prononcée par sa sœur, quoique celle-ci eût pris la jMrécaution de parler aussi bas que les circonstances l'exigeaient pour être cependant entendue. Au même instant , Hetty cessa de ramer, et elle attendit le résultat avec une impatience qui tenait son haleine en suspens , tant par suite des efforts qu'elle venait de faire qu'à cause du désir qu'eUe avait de débarquer. Un silence de mort tomba aussitôt sur le lac, et pendant ce temps les trois autres s'efforçaient, par différents moyens , de découvrir la position de la pirogue. Judith se pencha en avant pour écouter, dans l'espoir de saisir quelque son qtii pût trahir la direction que sa sœur suivait en s'éloignant , tandis que ses deux compagnons approchaient leurs yeux aussi possible du niveau de l'eau, afin de découvrir tout objet qui pourrait flotter à sa surface. Tout fut inutile; aucun son, aucun objet visible ne récompensa leurs efforts. Pendant tout ce temps, Hetty,
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qui n*ayait pas eu Tesprit de sè baisser dans la pirogae , se tenait debout, un doigt pressé sur ses lëyres, et regardant fixement dans la direction où elle avait entendu les voix , semblable à une statue dans Tattitude d'une profonde et craintive attention. Son esprit lui avait suffi pour trouver le moyen de s'emparer de la pirogue et de quitter F arche silencieusement; mais cet effort en avait épuisé les ressources. Les mouvements irréguliers de la nacelle avaient même été produits autant par Tagilation nerveuse et l'hésitation des mains qui la conduisaient que par la ruse ou le calcul.
La pause continua pendant plusieurs minutes, que Deerslayer et le Delaware employèrent à converser dans le langage de ce dernier; puis les rames plongèrent de nouveau et firent avancer le scow avec le moins de bruit possible. On gouvernait à l'ouest-quart-sud-ouest, c'est-à-dire dans la direction du camp ennemi. Une fois arrivés à une pointe peu éloignée du rivage, et où l'obscurité était intense, à cause de la proximité de la terre, ils s'arrêtèrent près d une heure en attendant l'approche présumée de Hetty, qui , comme ils le croysdent, s'empresserait de gagner ce lieu aussitôt qu'elle se croirait à l'abri des poursuites. Aucun succès néanmoins ne résulta de ce petit blocus, car ni leurs yeux ni leurs oreilles ne découvrirent le passage de la pirogue. Désappointé de ce côté, et convaincu de l'importance qu'il y avait à se remettre en possession de la forteresse avant qu'elle fut au pouvoir de l'ennemi , Deerslayer fit alors route vers le château, avec la crainte de voir la prévoyance dont il avait fait preuve en s'assurant des pirogues, déjouée par ce mouvement inconsidéré et alarmant, fruit de l'esprit faible de Hetty.
Par frayeur autant que par calcul, Hetty avait cessé de ramer, lorsqu'elle s'aperçut que ceux qui la poursuivaient ne savaient dans quelle direction avancer. Elle resta à la même place jusqu'au mo-