‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 33 sur 77 · A UN CHÊNE · texte numérisé non relu

A UN CHÊNE

Dans le cimetière de — au milieu, des montagnes d'Ecosse, et quon croit avoir été planté sur le tombeau du capitaine Wogan y tué en 1649.

De l'antique constance emblème respecté,

Protège de ton vert feuillage Cette tombe élevée à la fidélité , Et monument d'un généreux courage.

Et toi, preux chevalier, mort en servant ton roi,

Ne regrette pas la couronne Qu'en des climats plus doux on tresserait pour toi, Avec ces fleurs que le printemps leur donne.

À peine le soleil , embrasant l'horizon ,

Darde ses feux sur les prairies ;

Ces filles du matin , ornement du vallon ,

Penchent déjà leurs corolles flétries.

Un emblème si frêle est-il digne du preux

Qui défia le sort contraire ?

Plus les périls croissaient , plus son bras généreux Par ses exploits illustrait sa carrière.

(i) Dont il était sans doute question dans les paragraphes précédens,— Éd. (2) St. James Street, où le jeu ruine encore plus d'un milord. — Éd.

Les enfans d'Albion , lassés par le Destin ,

S'étaient réunis aux rebelles, Mais tu trouvas alors aux montagnes d'Albyn De fiers guerriers jusqu'à la mort fidèles.

Un parent ne vint pas conduire ton cercueil.

Du fils vaillant de l'Angleterre Les descendans du Gaèl seuls portèrent le deuil , Et leur pibroch fut ton chant funéraire.

Quel mortel cependant n'envierait ton trépas?

Qui ne voudrait contre ta gloire Echanger de longs jours passés loin des combats ? Wogan doit vivre autant que notre histoire.

Nous t'avons consacré l'arbre dont les rameaux

Bravent et l'hiver et l'orage.

Rome en ceignait jadis le front de ses héros ; A ton cercueil Albyn en fait hommage.

Quel que fût le mérite réel des vers de miss Flora , l'enthousiasme qui les avait inspirés était bien capable de produire une vive impression sur un amant ; ils furent lus et relus, et déposés dans le sein d'Edouard , puis retirés pour être relus ligne par ligne et déclamés à voix basse , avec de fréquens repos pour en mieux sentir tout le charme. Ainsi l'épicurien savoure lentement et goutte à goutte un breuvage délicieux. L'arrivée de mistress Cruickshanks , avec les prosaïques élémens du dîner, n'interrompit qu'à peine cette exaltation de l'amour.

Enfin la grande et triste figure de M. Ebenezer se présenta. Quoique la saison n'exigeât pas ces précautions , il avait mis une large redingote de gros drap fixée sur ses habillemens de dessus par le moyen d'une ceinture , et surmontée d'un vaste capuchon appelé un trot cozy , qui couvrait au besoin le chapeau et la tête , et se boutonnait sous le menton. Sa main était armée d'un gros fouet de jockey garni de cuivre; et ses longues jambes minces occupaientdes guêtres grises fermées sur le côté par des agrafes démêlai.

WAVERLEY. ni

- Ainsi accoutré, il s'arrêta au milieu de l'appartement , et dit d'un ton laconique : — Nos chevaux sont prêts.

— C'est donc vous qui venez avec moi , notre hôte?

— Oui , jusqu'à Perth : là vous prendrez un autre guide pour vous conduire jusqu'à Edimbourg.

En disant ces mots, il plaça sous les yeux de Waverley la carte de la dépense qu'il tenait d'une main , et de l'autre il remplit un verre de vin qu'il but dévotement à leur heureux voyage. Waverley fut un peu surpris de l'impudence de cet homme ; mais comme il ne devait pas rester long-temps avec lui et qu'il avait besoin d'un guide, il ne fit aucune observation , paya sa dépense et manifesta le désir de partir sans retard. Il monta sur Dermid, et sortit de la cour de l'auberge du Chandelier d'or, suivi de la figure puritaine que nous avons décrite. A l'aide d'un — louping-on-stane — ou banc de maçonnerie adossé exprès à la maison, Ebenezer, non sans peine, était parvenu à hisser sa personne sur le dos du fantôme d'un long cheval efflanqué n'ayant que la peau et les os , sur lequel était aussi le porte-manteau de Waverley. Notre héros , quoique n'étant pas de très bonne humeur, ne put guère s'empêcher de rire de la tournure de son nouvel écuyer, en se représentant la surprise que produirait au château de Waverley son entrée en pareil équipage.

Le sourire d'Edouard n'échappa point à notre hôte du Chandelier : il comprit quelle en était la cause , ce qui rendit deux fois plus renfrogné son sombre visage de pharisien ; et il se promit bien que d'une manière ou d'une autre le jeune Anglais paierait cher le mépris qu'il semblait avoir pour sa personne.

Callum , qui se trouvait aussi près de la porte , rit sans gêne de la ridicule figure de M. Cruicksltanks. Quand Waverley passa près de lui il lui ôta son chapeau avec respect , et s'ap. prochant de l'étrier, il lui dit : — Prenez garde que ce vieux coquin de whig ne vous joue quelque mauvais tour.

Waverley le remercia de nouveau , lui dit adieu , et pressa

le pas de Dermid , n'étant pas fâché de ne plus entendre les

clameurs que poussaient les enfans a la vue du vieux Ebenezer,

qui pour éviter les secousses du trot de sa bête dans une rue

à demi pavée , se levait et se baissait alternativement sur ses

étriers.

Le village de... fut bientôt à plusieurs milles de distance derrière eux.

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