‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 7 sur 77 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Choix d'un état.

D'après tous ces détails minutieux sur la jeunesse deWaverley et la direction inévitable que ses premières habitudes avaient dû imprimer à son imagination, le lecteur croit peutêtre que je vais lui offrir dans l'histoire suivante une imitation du roman de Cervantes : mais il ferait tort à ma prudence par une telle supposition. Mon intention n'est pas démarcher sur les traces de cet inimitable auteur et de peindre comme lui cette perversion totale de l'intelligence qui dénature les objets au moment même où ils frappent les sens ; je cherche à décrire cet autre égarement d'esprit bien plus commun, qui laisse voir les choses dans leur réalité , mais avec les couleurs romanesques qu'il leur prête lui-même.

Edouard Waverley était si loin de s'attendre à retrouver dans les autres sa manière de voir et de sentir, il était si loin d'espérer que les illusions flatteuses auxquelles il s'abandonnait avec tant de plaisir pourraient un jour se réaliser, qu'il ne craignait rien tant que de laisser percer les sentimens qui étaient le fruit de ses rêveries. Il n'avait jamais désiré d'avoir un confident, et il sentait si bien le ridicule auquel il s'exposerait , que s'il avait eu à choisir entre une punition qui n'eût rien d'ignominieux et la nécessité de rendre lui-même un compte exact du monde idéal dans lequel il passait la plus grande partie de ses jours, il n'aurait pas balancé à se soumettre de préférence au châtiment. wSon secret et son isolement lui devinrent doublement chers îorsqu'avec le cours des années il sentit l'influence des passions naissantes. Des créatures

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d'une grâce et d'une beauté parfaites commencèrent à jouer un rôle dans ses aventures idéales , et il ne tarda pas à regarder autour de lui pour comparer les femmes du monde réel avec celles de son imagination.

La liste des belles qui chaque dimanche déployaient leurs atours hebdomadaires à l'église paroissiale de JVaverley n'était ni nombreuse ni choisie. La plus passable de beaucoup était miss Sissly, ou comme elle préférait d'être appelée, miss Cecilia Stubbs, fille du squire Stubbs, à la Grange. Je ne sais si c'était — par le plus grand hasard du monde — (phrase qui, sortie des lèvres d'une femme, n'exclut pas toujours la préméditation ), ou si c'était par une conformité de goûts, que miss Cecilia fut souvent rencontrée par Edouard dans ses promenades favorites à travers Waverley-Chase. Il n'avait pas eu encore le courage de l'aborder, mais la rencontre produisait toujours son effet. Un amant romanesque est un idolâtre étrange qui assez souvent ne s'inquiète pas de quel bois il forme l'objet de son adoration ; et si la nature a donné quelques charmes à cet objet, il joue aisément le rôle du joaillier et du derviche du conte oriental ', et trouve dans les trésors de sa propre imagination de quoi ajouter à ses véritables attraits une beauté céleste et tous les dons de l'esprit. Mais avant que les charmes de miss Cecilia Stubbs l'eussent positivement élevée au rang de déesse ou placée au moins de pair avec la sainte de son nom, mistress Rachel Waverley, d'après plusieurs indices recueillis par elle, crut qu'il était temps de prévenir le moment de l'apothéose. Les femmes les plus simples et les plus ingénues ont toujours (Dieu les bénisse ! ), dans ces sortes d'affaires, une pénétration d'instinct qui à la vérité leur fait supposer quelquefois ce qui n'existe pas, mais qui leur fait découvrir ordinairement ce qui existe. Mistress Uachel s'attacha avec une grande prudence à éluder le danger plutôt qu'à le combattre ouvertement. Elle insinua à son frère la nécessité de faire voyager l'héritier de la famille, afin qu'il acquit la connaissance d'un autre monde que celui que lui

(i) Le conte des Sept Amans.

offrait sa résidence continuelle à Waverley-Honour. Sir Everard se refusa d'abord à une proposition qui tendait à le séparer de son neveu. — Edouard était un peu entiché de bouquins, il en convenait, mais il avait toujours entendu dire que la jeunesse était le temps de l'étude, et sans doute lorsqu'il aurait satisfait sa fureur pour les lettres et garni sa tête de connaissances, — Edouard se livrerait aux amusemens et aux occupations de la campagne . — Quant à lui, il avait souvent regretté de ne pas avoir consacré à l'étude une partie de sa jeunesse, parce que, disait-il, — il n'en aurait pas manié le fusil ni chassé avec moins d'adresse, et aurait pu faire retentir la voûte de Saint-Etienne1 de discours plus longs que ces Non! Non ! pleins de chaleur avec lesquels il accueillait toutes les mesures du gouvernement, lorsque, sous l'administration de Godolphin, il était membre delà chambre des communes2. Cependant la tante Rachel eut assez d'adresse pour parvenir à son but. Elle rappela que tous les membres de la famille avaient, avant de se fixer au château de Waverley, visité les pays étrangers, ou servi leur pays dans l'armée; et pour prouver la vérité de son assertion, elle en appela à l'arbre généalogique, autorité que sir Everard n'avait jamais récusée. Bref, on proposa à M. Richard Waverley de faire voyager son fils sous la conduite de son gouverneur, M. Pembroke, avec une somme convenable que le baronnet se chargeait de lui fournir. M. Richard ne vit pas d'obstacle à ce projet; mais en ayant parlé par hasard à la table du ministre, le grand homme devint sérieux, et il en expliqua ses motifs en particulier. D'après les opinions politiques de sir Everard, il serait très imprudent, dit le ministre, qu'un jeune homme qui donne de si flatteuses espérances parcourût le continent sous la surveillance immédiate d'un gouverneur du choix de son oncle,

(i) C'est dans la chapelle de Saint-Etienne que se tiennent les séances de la chambre des communes. Les Non! Non! les Oui! Oui! les hear, hear (Ecoutez ! Ecoutez!) y sont les monosyllabes à l'usage des membres à qui le ciel a refusé le don de la parole. — Éd.

(2) Godolphin (Sydney, comte de), grand trésorier d'Angleterre, fut ministre sous les Stuarts , qu'il abandonna depuis pour le prince d'Orange. — Éd.

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qui le dirigerait par ses instructions. — Quelle serait la société du jeune Edouard à Paris? quelle serait sa société à Rome, où le prétendant et ses fils lui tendraient toutes sortes de pièges? M. Waverley devait peser avec soin de telles considérations. Pour lui, ajouta-t-il, il croyait pouvoir dire que Sa Majesté appréciait trop les services de M. Richard Waverley, pour que son fils, s'il voulait entrer au service pendant quelques années, n'obtînt pas une compagnie dans un des régimens de dragons revenus récemment de Flandre.

On ne pouvait impunément négliger une telle proposition sur laquelle le ministre appuya ; et malgré la crainte de heurter les préjugés de son frère, Richard Waverley crut devoir accepter la commission qui lui était offerte pour son fils. Il est vrai qu'il comptait beaucoup, et avec raison, sur la tendresse de sir Everard pour son neveu, et il n'était pas probable qu'il pût la perdre, parce qu'il se serait soumis à l'autorité paternelle. Il écrivit aussitôt au baronnet et à Edouard pour leur faire part de cette détermination. Dans la lettre à son fils il communiquait simplement la chose, et lui indiquait les préparatifs qu'il fallait faire pour joindre son régiment ; mais dans la lettre adressée à son frère il était plus diffus, et n'arrivait au fait que par des circonlocutions ; il adoptait son avis de la manière la plus flatteuse, en disant comme lui qu'il était convenable que son fils vît un peu le monde, et il exprimait presque avec humilité sa reconnaissance pour ses offres généreuses; mais il était désolé qu'Edouard fût dans l'impossibilité de suivre exactement le plan qui avait été tracé par son meilleur ami et son bienfaiteur; il voyait depuis quelque temps avec peine l'inaction de ce jeune homme, à un âge où tous ses ancêtres avaient déjà norté les armes. Sa Majesté elle-même avaitdaigné s'informer si lejeune Waverleyn'était pas en Flandre, à un âge où son grand-père avait déjà versé son sang pour son roi dans la grande guerre civile ; et cette question avait été suivie de l'offre d'une compagnie. Que pouvait-il faire ? Il n'avait pas eu le temps de consulter l'inclination de son frère, quand même il aurait pu penser qu'il trouverait quelque ob-

iection à laisser suivre à son neveu la glorieuse carrière de ses ancêtres. Enfin pour conclure, Edouard après avoir sauté avec une rapidité extraordinaire par-dessus les grades de cornette et de lieutenant, était maintenant le capitaine Waverley dans le — régiment de dragons qu'il devait joindre dans ses quartiers au bout du mois à D — en Ecosse.

Sir Everard Waverley reçut cette nouvelle avec une certaine émotion. A l'époque où la maison de Hanovre monta sur le trône, il s'était retiré du parlement, et sa conduite dans l'année mémorable de 17 15 1 n'avait pas été exempte de soupçon. On parla de revues secrètes de tenanciers à cheval faites au clair de la lune, dans Waverley-Chase, et de plusieurs caisses de fusils et de pistolets, adressées de Hollande au baronnet, et interceptées par la vigilance d'un officier à cheval de l'accise2; cet officier, en punition du zèle qu'il avait déployé dans cette circonstance , avait été berné pendant la nuit dans des couvertures par une bande de robustes paysans. Bien plus : on disait que lorsque le chef des torys, sir W. — W. — fut arrêté , on avait trouvé dans la poche de sa robe de chambre une lettre de sir Everard ; mais il n'y avait pas là d'acte positif de rébellion, et le gouvernement, content d'étouffer l'insurrection de 1715, avait cru qu'il n'était ni prudent ni sûr d'étendre sa vengeance sur d'autres que ceux qui avaient pris les armes. Sir Everard ne manifestait pas des craintes personnelles qui parussent justifier les bruits qui circulaient sur son compte parmi leswhigs du voisinage. C'était une chose bien connue qu'il avait aidé de son argent les malheureux habitans de Northumberland et d'Ecosse qui, faits prisonniers à Preston , avaient été renfermés dans les prisons de Newgate et Marshalsea ; son solliciteur et son conseil ordinaire s'étaient chargés de la défense de ces infortunés pendant leur procès ; aussi l'on était généralement persuadé que si les

(r)La première tentative de révolution en faveur du Prétendant. — Éd.

(a) L'excise ou accise était dans l'origine un impôt sur la consommation, qui n'avait d'abord lieu que sur la bière et le cidre , mais qui s'est beaucoup étendu depuis iG^^ , époque de son établissement. — Ed.

te WAVERLEY.

ministres avaient eu quelque preuve réelle de sa participation à la révolte , il n'aurait pas osé braver le gouvernement de fait, ou du moins qu'il ne l'aurait pas fait impunément. Mais les sentimens qui dans ce temps de troubles avaient dirigé sa conduite étaient ceux d'un jeune homme ; et depuis lors, le jacobitisme de sir Everard avait été en diminuant, comme un feu qui s'éteint faute d'aliment. Il trouvait , il est vrai, aux élections et aux sessions de chaque trimestre de quoi entretenir et manifester ses principes comme tory et anglican de la Haute-Eglise. Mais ses opinions sur le droit d'hérédité étaient peu à peu tombées en une sorte de déshérence. Cependant il lui en coûtait de voir son neveu servir sous la dynastie des Brunswick ; d'autant plus qu'indépendamment de l'importance qu'il attachait à l'autorité paternelle, il eût été impossible, ou du moins très imprudent de s'en mêler pour l'empêcher. Cette contrariété dont il fut forcé de contenir l'expression lui fit pousser plusieurs pouahs! et plusieurs pshaws V qui furent mis sur le compte d'une attaque de goutte commençante ; jusqu'à ce que s'étant fait apporter Y Annuaire militaire, le baronnet se consola en y trouvant les noms des descendans des maisons d'une loyauté éprouvée , tels que les Mordaunt , les Granville et les Stanley; il évoqua toute son ambition de famille et de gloire militaire pour conclure avec un argument analogue à celui de Falstaff 2, que lorsque la guerre va s'allumer, n'y aurait-il qu'un seul parti que l'honneur ordonnât de suivre , il serait encore plus honteux de rester oisif que d'embrasser le plus mauvais parti , quelque noir que la rébellion puisse le rendre. Quant à miss Rachel, les choses n'avaient pas exactement tourné comme elle l'espérait ; mais elle sut se résigner et se conformer aux circonstances. Elle eut la ressource de faire diversion à ses regrets en s'occupant de l'équipage de campagne de son neveu ; et se consola aussi par l'espoir de le voir briller en grand uniforme.

(i) Interjections anglaises de mauvaise humeur. — Éd. (2) Dans VHtmiy Ifde Slukspeare. — Ed.

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Edouard lui-même éprouva la plus vive émotion et la plus grande surprise en lisant la lettre de son père. Ce fut chez lui, pour me servir des expressions d'un de nos anciens poèmes , comme un feu mis à une bruyère qui couvre un coteau de fumée et l'éclairé en même temps d'une sombre flamme. Son précepteur, ou pour mieux dire M. Pembroke , car il prenait rarement le titre de précepteur, trouva dans la chambre d'Edouard un fragment poétique qu'il paraissait avoir composé dans les premiers momens de son trouble et de son agitation. M. Pembroke était grand amateur de toute pièce de vers composés par ses amis , et copiés en lignes régulières qui commencent par une majuscule et ne vont pas jusqu'au bout de la marge. Il communiqua ce précieux trésor à la tante Rachel; elle les lut avec ses lunettes humides de larmes, les plaça dans son common-place book i, parmi des recettes de cuisine et de médecine, de textes tirés de l'Ecriture sainte, et des chansons d'amour ou jacobites qu'elle avait chantées dans sa jeunesse. Ce fragment en fut tiré lorsque ce volume manuscrit , ainsi que plusieurs autres titres authentiques de la famille Waverley, furent confiés à l'éditeur indigne de cette mémorable histoire. Si ces vers n'offrent point un grand intérêt au lecteur, ils serviront du moins, mieux qu'aucun récit, à lui faire connaître le trouble et l'agitation qui régnaient dans l'esprit de notre héros.

Les rayons du soleil couchant Doraient encorle paysage; Le lac limpide et transparent De ses bords répétait l'image, Les dernières clartés du jour, L'or et la pourpre des nuages, Le rocher et la vieille tour, L'arbre touffu , les fleurs sauvages.

Le doux éclat de ce tableau Semblait tenir de la magie ; C'était comme un monde nouveau Dans le sein de l'onde assoupie :

(i) Mot à mot livre de lieux communs ; espèce d'album des dames anglaises de l'ancien régime. — Éd.

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Mais soudain d'aigres sifflcmens Du lac réveillent le Génie :

Le chêne altier gémit et plie Sous les coups répétés des vents.

Tel qu'un guerrier qui , des batailles Entendant soudain le signal , Court à d'illuslres funérailles Dan9 son appareil martial, Le Génie aux cris de l'orage Répond par des cris effrayans.

De son manteau les plis flottans Couvrent à demi son visage ; L'éclair étincelle en ses yeux ; De sa couche il se précipite :

Sur son front un flot écumeux Tel qu'un fier panache s'agite....

Adieu le charme de ces lieux ; Adieu, songes délicieux!

Près la vieille tour je m'arrête....

Pour mon cœur, dans cette tempête, Il est un étrange plaisir Que je ne saurais définir :

Comme aux approches d'une fêle, Je le sens palpiter, frémir.

Ainsi la Vérité sévère, Brisant la glace mensongère Que nous présentait le bonheur Sous la forme d'une bergère, De notre jeunesse légère, "Vient troubler le rêve enchanteur.

Adieu le doux désir de plaire; Adieu l'amour!... Au champ d'honneur M'appelle la troupe guerrière.

En simple prose, car peut-être ces vers ne le disent pas aussi clairement, l'image de miss Cecilia Stubbs s'effaça du cœur du capitaine Waverley, au milieu du trouble que ses nouvelles destinées y excitèrent; il est vrai que le dimanche où il assista pour la dernière fois au service divin dans la vieille église de sa paroisse, miss Cecilia Stubbs se montra dans toute sa splendeur au banc de son père. Et dans cette occasion Edouard, à l'invitation de son oncle et de sa tante,

(et sans se faire beaucoup prier, à dire vrai, ) se présenta en grand uniforme.

11 n'y a pas de moyen plus sûr pour ne pas avoir une trop haute opinion des autres, que d'en avoir une encore plus haute de nous-mêmes. Miss Cecilia avait employé tous les secours que l'art peut offrir à la beauté ; mais hélas ! les jupes à baleine, les mouches, les cheveux frisés et une robe neuve de vraie soie française, furent choses perdues pour un officier de dragons qui portait pour la première fois son chapeau galonné, ses bottes et son épée. Je ne sais si, semblable au cham pion d'une ancienne ballade,

11 ne brûlait que pour l'honneur.

Vainement les yeux d'une belle Auraient voulu loucher son cœur :

Il était de glace pour elle.

Ou peut-être les brandebourgs brilîans d'or brodé qui couvraient sa poitrine défiaient les traits brûlans que lui décochaient les yeux de miss Cecilia; aucun de ces traits ne put l'atteindre.

Mais je vis où tomba le trait de Cupidon : Certes, ce ne fut pas sur une fleur champèlre , Mais sur Jonas , la fleur des galans du canton , Fils de Gulberlfield , intendant de son maître (i).

Demandant pardon de mes vers héroïques, car il est des cas où je ne puis résister à ma verve, j'ai le regret d'annoncer qu'il nous faut dire adieu à la belle Cecilia qui , comme mainte autre fille d'Eve, après le départ d'Edouard et la perte de certaines illusions flatteuses dont elle s'était bercée,

(i) Pour comprendre ces vers, il est bon de savoir qu'ils sont la parodie de ceux où Oberon, interprète d'une des flatteries les plus adroites de Shakspeare, raconte que la flèche de l'amour ne put atteindre le cœur chaste de la reine Elisabeth, et alla tomber sur une modeste fleur des champs, espèce de violette (viola grandiflora) appelée en anglais love-in-idleness (l'amour-en-loisir, ou l'amour-en-oisiveté). Cette fleur , blanche jadis , est tachetée de rouge depuis cette époque. Y et did I mark where Cupid's shaft did Hght , etc.

Voevz le Songe d'une nuit d'été, ac!e jj, — Éd.

3<S WAVE RLE Y.

se contenta tranquillement d'un pis-aller. Au bout de six mois elle donna sa main au susdit Jonas, fils de l'intendant du baronnet, héritier de la fortune d'un intendant ( avenir séduisant ! ), et qui avait déplus l'agréable perspective de succéder à son père dans son emploi. Tous ces avantages ébranlèrent M. Slubbs , et sa fille trouva un motif puissant d'accepter l'offre qu'on lui faisait dans les formes mâles et l'air de santé du prétendant. On fut donc moins scrupuleux sur l'article de la naissance, et le mariage fut conclu. Personne n'en ressentit un plaisir plus vif que la tante Rachel, qui jusqu'alors, malgré son bon naturel, avait toujours regardé de travers cette présomptueuse. Mais lorsqu'elle vit les deux fiancés à l'église, elle daigna honorer la jeune épouse d'un sourire et d'une révérence profonde, en présence du recteur, du desservant, du sacristain et de tous les dignitaires des paroisses réunies de Waverley et de Beverley * .

Je demande pardon, une fois pour toutes, à ceux de mes lecteurs qui ne lisent des romans que pour s'amuser, si je les fatigue si souvent de cette vieille politique de ivighs et de tory s, dejacobites et à' hanovriens'* ; mais la vérité est que je ne puis leur promettre que cette histoire serait intelligible sans cela. Mon plan veut que j'explique tous les motifs d'après lesquels marche l'action. Or ces motifs prenaient nécessairement leur source dans les sentimens, les préjugés et les opinions des divers partis. Je n'invite pas mes belles lectrices à qui leur sexe et leur impatience donne tous les droits de se plaindre des détails, je ne les invite pas à prendre place dans un char traîné par des hippogriffes, ou volant dans les airs par enchantement ; ma voiture est l'humble chaise de poste anglaise, à quatre roues, et ne s'écartant pas de la grande route royale. Ceux à qui déplaira cette société pourront la quitter dès la première halte, et y attendre le tapis merveil-

(i) La paroisse de Beverley dépendant du rectorat de Waverley est desservie par un curate. On comprend la différence qu'il y a entre le reclor et le curale (desservant par procuration). — Ed.

(2) Jacobites, partisan de Jacques (Jacobus). Hanovriens , partisans de l'électeur de Hanovre. — Éd.

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leux du prince Hussein, ou la guérite volante de Malek le tisserand1. Ceux qui se contenteront de venir avec moi seront parfois exposés à l'ennui inséparable d'une longue route, où l'on éprouve tous les inconvéniens des côtes à gravir, des fondrières à traverser, et autres retards de ce bas monde. Mais grâces à des chevaux passables et à un conducteur honnête (style des avis au public), je m'engage aussi à arriver dans un pays plus pittoresque et plus romantique, si mes voyageurs veulent bien patienter pendant mes premiers relais.

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