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ODE A LA LUNE

Soutiens mon essor poétique, Astre favori de mon cœur ; De ta clarté mélancolique Je chante l'aimable splendeur.

Auprès de ce bocage sombre, Fuyant le tumulte et le bruit, Ma lyre vient frémir dans l'ombre De ta silencieuse nuit.

Déjà, dans sa marche imposante, Ton globe, aux yeux de l'univers.

Ainsi qu'une lampe éclatante, Monte lentement dans les airs ; Et tandis qu'il plane et s'avance Dans l'immense espace des cieux, Le calme, la paix, le silence Précèdent ton char radieux.

Lorsque du haut de ta carrière Tu brilles dans le firmament. Et que de la nuit solitaire Tu perces le noir vêtement, Attentif, auprès du rivage, Je contemple dans les roseaux Ta riante et mobile image, Qui brille et flotte sur les eaux.

D'autres fois, lorsque la tempête Obscurcit ton front radieux.

Œuvres de Xavier de Maistre

Je te vois courir sur ma tête Au travers du ciel orageux.

La vapeur s'accroît, elle efface Les traits de ta pâle beauté, La nuit règne seule à ta place Dans sa lugubre majesté.

D'un vol léger et variable La sinistre chauve-souris Poursuit sa route infatigable Entre ces antiques débris ; Et des bords de l'onde stagnante.

Où se traîne un brouillard épais, ' J'entends la voix assoupissante

De l'habitante des marais.

Les cris aigus de la chouette Retentissent dans la forêt ; Le sombre écho qui les répète Semble lui répondre à regret :

Ces sons, tristes enfants de l'ombre, Seuls se répétant dans les airs.

Rendent plus auguste et plus sombre Le silence de l'univers.

Alors un transport extatique Vient s'emparer de tous mes sens.

Et d'un sentiment prophétique Me fait éprouver les élans. Dans l'avenir impénétrable Je sens mon esprit transporté Jusqu'à la porte redoutable De la profonde éternité !

Errant au milieu des ténèbres, Où ton absence m'a jeté, Des cris, des images funèbres, Frappent mon esprit agité.

L'énigme du temps se révèle, Elle vient frapper mes regards, Je vois de la vie éternelle Flotter les sombres étendards.

Je vois dans ce profond abîme Où les humains sont confondus.

Le châtiment tardif du crime Et le triomphe des vertus.

J'y vois ces hommes sanguinaires.

Détracteurs d'un Dieu tout-puissant, Détourner leurs faibles paupières De son aspect éblouissant.

Mais de ta lumière argentée

Je revois enfin la lueur ;

Et déjà mon âme agitée

Se calme et renaît au bonheur.

Une douce mélancolie.

Fille des tendres souvenirs,

Sur les jours passés de ma vie,

Vient m'arracher quelques soupirs 1

O bois touffus de ma patrie, Je vois vos superbes rameaux ; Te voilà, campagne chérie. J'entends le bruit de tes ruisseaux ; Sur leurs bords les chênes antiques S'agitent au vent du désert.

Et de mes chants, sous leurs portiques, L'écho répète les concerts.

La nuit, plus sereine et plus belle.

Se pare d'attraits solennels ; Le cintre des cieux étincelle Semé de flambeaux éternels ; La lune à l'univers tranquille Sourit encore en le quittant ; Et son disque semble immobile Sur les nuages d'Occident.

Salut, ô lumière adorée.

Astre propice et bienfaisant ; Salut, de la voûte éthérée Sublime et divin ornement ; Tant que les cordes de ma lyre Pourront résonner sous mes doigts, Je te consacre mon délire Et tous les accents de ma voix.

Et quand du sort l'arrêt sévère, Entre les glèbes du vallon.

Aura déposé ma poussière, Puisse encor ton faible rayon.

Au voyageur sensible et tendre Montrer le simple monument, Et l'herbe qui couvre la cendre De ton chantre et de ton amant.

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