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LE PAPILLON

Colon de la plaine éthérée, Aimable et brillant papillon, Comment de cet affreux donjon As-tu su découvrir l'entrée ?

A peine entre ces noirs créneaux Un faible rayon de lumière Jusqu'à mon cachot solitaire Pénètre à travers les barreaux.

As-tu reçu de la nature Un cœur sensible à l'amitié?

Viens-tu, conduit par la pitié, Partager les maux que j'endure ?

Ah ! ton aspect de ma douleur Suspend et calme la puissance ; Tu me ramènes l'espérance Prête à s'éteindre dans mon cœur.

Doux ornement de la nature, Viens me retracer sa beauté ; Parle-moi de la liberté, Des eaux, des fleurs, de la verdure.

Parle-moi du bruit des torrents.

Des lacs profonds, des frais ombrages, Et du murmure des feuillages Qu'agite l'haleine des vents.

I. « Un prisonnier avait raconté à l'auteur qu'un papillon était un jour entré dans sa prison en Sibérie. Cette jolie pièce a été traduite en russe, puis retraduite en vers français par un de nos secrétaires d'ambassade qui n'en connaissait pas la première origine. Pareille aventure est arrivée à la CJuite des feuilles de Millevoye. > (Sahile-Beuve.)

As-tu vu les roses éclore ?

As-tu rencontré des enfants ?

Dis-moi l'histoire du printemps Et des nouvelles de l'aurore ; Dis-moi si dans le fond des bois Le rossignol, à ton passage, Quand tu traversais le bocage.

Faisait ouïr sa douce voix ?

Le long de la muraille obscure Tu cherches vainement des fleurs :

Chaque captif de ses malheurs Y trace la vive peinture.

Loin du soleil et des zéphirs, Entre ces voûtes souterraines, Tu voltigeras sur des chaînes Et n'entendras que des soupirs.

Léger enfant de la prairie.

Sors de ma lugubre prison ; Tu n'existes qu'une saison.

Hâte-toi d'employer la vie.

Fuis ! Tu n'auras, hors de ces lieux Où l'existence est un supplice, D'autres liens que ton caprice.

Ni d'autre prison que les cieux.

Peut-être un jour dans la campagne.

Conduit par tes goûts inconstants, Tu rencontreras deux enfants Qu'une mère triste accompagne :

Vole aussitôt la consoler ; Dis-lui que son époux respire.

Que pour elle seule il soupire ; Mais, hélas!... tu ne peux parler.

Étale ta riche parure Aux yeux de mes jeunes enfants ; Témoin de leurs jeux innocents, Plane autour d'eux sur la verdure.

Bientôt, vivement poursuivi. Feins de vouloir te laisser prendre, De fleur en fleur va les attendre Pour les conduire jusqu'ici.

Leur mère les suivra sans doute.

Triste compagne de leurs jeux :

Vole alors gaiment devant eux Pour les distraire de la route.

D'un infortuné prisonnier Ils sont la dernière espérance :

Les douces larmes de l'enfance Pourront attendrir mon geôlier.

A l'épouse la plus .fidèle On rendra le plus tendre époux ; Les portes d'airain, les verroux.

S'ouvriront bientôt devant elle.

Mais, ah ! ciel ! le bruit de mes fers Détruit l'erreur qui me console :

Hélas ! le papillon s'envole...

Le voilà perdu dans les airs !

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