Oevres choisies
« Dieu m'a fait la grâce de naître dans une de ces familles de prédilection qui sont comme un sanctuaire de piété où l'on ne respire que la bonne odeur que quelques générations y ont répandue en traversant successivement la vie ; famille sans grand éclat, mais sans tache, placée par la Providence à un de ces rangs intermédiaires de la société où l'on tient à la fois à la noblesse par le nom et au peuple par la modicité de la fortune, par la simplicité de la vie et par la résidence à la campagne, au milieu des paysans, dans les mêmes habitudes et à peu près dans les mêmes travaux. » Ainsi s'exprime Lamartine au premier livre de ses Confidences. On ne saurait caractériser plus nettement la vieille souche provinciale d'où il était issu, le genre de vie qui fut le sien durant la plus grande partie de sa jeunesse, les sentiments profonds que déposèrent dès lors en lui le spectacle et la jouissance des choses rustiques. « Si j'avais à renaître sur cette terre, ajoutet-il, c'est encore là que je voudrais renaître. »
Heureux de sa famille, heureux de sa fortune, heureux du sol où il avait vu le jour, il évoqua toute sa vie avec un pieux attendrissement les souvenirs de sa longue enfance privilégiée.
Par son père, il appartenait à une ancienne famille du Maçonnais. Sa mère était une demoiselle des Roys^ dont les parents, originaires du Bugey, avaient quitté leur province pour la cour : M. des Roys était intendant général des finances du duc d'Orléans, Mme des Roys sous-gouvernante des enfants