VI LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES
de ce prince. C'est au Palais-Royal et à Saint-Cloud que Mme de Lamartine avait été élevée, dans la société familière du jeune Louis-Philippe et de la princesse Adélaïde. Elle avait seize ans et venait d'entrer comme chanoinesse au chapitre de Salles en Beaujolais, quand elle y rencontra le chevalier Pieiie • le Lamartine, «jeune, beau, en riche uniforme « (il était capitaine dans un régiment de cavalerie), qui faisait visite à sa sœur. Une mutuelle inclination décida de leur avenir. Malgré une assez longue résistance de la part des de Lamartine, les jounes gens finirent par s'épouser. Alphonse-Marie-Louis de Lamartine fut leur premier enfant; il naquit à Mâcon, le m octobre 1790.
Les événements révolutionnaires ne tardèrent pas à troubler leur félicité : M. de Lamartine fut jeté en prison par la Terreur, ainsi que ses deux frères et un oncle. Thermidor, heureusement, lui rendit la liberté, et, vers l'automne de 1794, il emmenait femme et enfants dans son domaine de .Milly. r/élait la pari, très modeste, des biens de la famille qui lui était dévolue au moment de son mariage.
« Je commençais à voir et à comprendre les choses extérieures, quand mon père et ma mère nous amenèrent, toute leur tribu d'enfants, dans une longue file de chariots à bœufs, nous établir à Milly. Notre mère était dans le chariot ([ui marchait le premier, avec deux petites filles entre ses genoux, une autre à son sein. Une foule de paquets r*emplissait la carriole. Mon père allait à pied, en chasseur, un fusil dans une main, soutenant de l'autre main la voiture dans les mauvais pas; ses deux chiens tenus en laisse et deux chariots, pleins de femmes de chambre, d'ustensiles, de bagages, suivaient au pas... Tout cela formait une longue colonne d'équipages baroques roulant dans la boue. Les aiguillons des bouviers, les gémissements et les regimbemcnts des bœufs, les clameurs épouvantées des femmes, le rire des enfants dans les chars, faisaient un spectacle moitié pittoresque, moitié touchant*. » Phjsieurs traits sont inexacts dans ce charmant tableau, tracé par Lamartine à plus de soixante ans de distance ; il faut le prendre comme un symbole de la vie familiale, librement et sainement rustique, toute parfumée des bonnes odeurs des champs et des forêts, qu'il allait, pendant des années, mener au milieu des siens. A peu près à l'âge où le pflit Hugo franchira les Alpes à la suite des