‹ Oevres choisiesChapitre 104 sur 288 · I . Nous, les poètes · texte numérisé non relu

I . Nous, les poètes

LESPRIT DE DIEU 63.

Mais s'il respire l'aquilon,

Tout à coup la flamme engourdie

S'enfle, déborde, et l'incendie

Em'urase un immense horizon I 10-

0 mon âme ! de quels rivages

Viendra ce souiïlc inattendu?

Sera-ce un enfant des orages,

Un soupir à peine entendu ?

Viendra-t-il, comme un doux zéplnre, i5

i\lollcment caresser ma lyre,

Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou sous ses ailes frémissantes

Briser ces cordes, gémissantes

Du cri perçant de la douleur ? ao-

Viens du couchant ou de l'aurore.

Doux ou terrible, au gré du sort :

Le sein généreux qui t'implore

Brave la souffrance ou la mort.

Aux cœurs altérés d'harmonie a5

Qu'importe le prix du génie ?

SI c'est la mort, il faut mourir !....

On dit cjue la bouche d'Orphée,

j. S'il respire l'aqailon. Belle image, qui achève de donner la vie au foyer. — Sur aquilon, v. I, 62 (note). 9. Déborde. — i" version : s'irrite.

16. Il : le zéphyre. Construction un peu embarrassée. 18-20. Entendez ; (viendra-t-il), sous le choc de ses ailes frémissantes, ébranler jusqu'à les briser ces cordes qu'il fera retentir (plutôt que gémir) du cri perçant de la douleur ?

21. L'aurore : l'orient. Cf. I, 22 ; VIII, 23. 28. Timplore. V. VII, 2 5 (note).

28. Orphée, poète et chanteur légendaire de la Thrace. Sa voix charmaitles bètes", les arbres et les rochers. Il fut massacré et déchiré par les Bacchantes dont il avait dédaigné l'amour. Sa tète, jetée dans l'Hèbre et rouléepar le courant du fleuve, continua à faire entendre des accents hauuonieux. Cf. Ovide, Métamorphoses, XI, 5o :

... caput, Hebre, lyramque Excipis ; et, mirum ! medio dum labitur amne, Flebile ncscio quid queritur \yra, flebile li:i:jaa Murmurai exanimis, respondent flebile ripae ;

et Virgile, Géorgiques, IV, 52 2 et suiy.

Par les flots de i'IIèbre étouiTôe,

Rendit un immortel soupir. 3o

Mais, soit qu'un mortel vive ou meure,

Toujours rebelle à nos souhaits,

L'Esprit ne soufllc qu'à son heure,

Et ne se repose jamais...

Préparons-lui des lèvres pures, 35

Un œil chaste, un front sans spuillures.

Comme, aux approches du saint lieu.

Des enfants, des vierges voilées,

Jonchent de roses effeuillées

La route où va passer un Dieu ! 4o

Fuvant les bords qui l'ont vu naître,

De Laban l'antique berger.

Un jour, devant lui vit paraître

Un mvstérieux étranger.

Dans l'ombre, ses larges prunelles 45

Lançaient de pâles étincelles

Ses pas ébranlaient le vallon

Le courroux gonllait sa poitrine,

Et le souffle de sa narine

Résonnait comme T aquilon, 5o

34. Ne se repose jamais : ne séjourne jamais longtemps au même lieu, •dans la même àme.

4i-8o. Paraphrase du récit de la Genèse (XXXII, 24 et suiv.) : « Or Jacob demeura seul; et un homme lutta avec lui, jusqu'au lever de l'aurore. Et quand cet homme vit qu il ne pouvait le vaincre, il toucha l'emboiture de sa iianche ; et l'emboiture de la hanche de Jacob fut démise, pendant qu il luttait avec lui. Et cet homme lui dit: Laisse-moi aller, car l'aurore est levée. Mais il dit; Je ne te laisserai point aller, que tu ne maies béni. Et il lui dit : Quel est tcm nom ? et il répondit : Jacob. Alors il dit ; Toa nom ne sera plus Jacob, mais Israël (ça; lutte avec Dieu) ; car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as vaincu. Et Jacob l'interrogea, et dit: Apprends-moi ton nom, je te prie. Et il répondit : Pourq\ioi demandes-tu mon nom? Et il le bénit là. Et Jacob nomma le lieu Peniel (face de DUu) ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon àme a été délivrée. »

43. Laban. On connaît 1,'hisloirc do Jacob, obligé de servir comme gardien de troupeaux chez son oncle le Syrien Laban. Mais au moment ou il rencontra l'ange, il ne fuyait pas « les bords qui l'avaient vu naître », c'est-à-dire le pays de Chanaan ; il y retournait au contraire, après s'être «nfui de chez LaJjan.

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