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XVI LAMARTINE : OEUVIŒS CHOISIES

venu l'y rejoindre et partager son extase. C'est vers ce moment qu'il fait la connaissance de Graziella, la petite cigarière, à laquelle il doit toutes les» joies du premier amour heureux. Toutefois ce qui est chez elle attachement grave et passionné n'est guère en Lamartine (ju'une émotion violente et passagère, dont il jouit avec toute la fougue, avec tout l'égoïsme de la jeunesse. Les pièces dédiées à Graziella ou inspirées par son souvenir ', bien ([ue le regret et la mort leur donnent un accent pénétrant, sont très voisines des odes d'Horace ou des élégies de Properce et ne respirent guère que cette mélancolie toute païenne qui accompagne ou suit la volupté. Il est vrai que, lorsque Lamartine eut connu, avec la passion, la douleur d'aimer, lorsqu'il eut goûté le tranquille bonheur conjugal, lorsqu'il eut éprouvé cette sorte de déception sans motifs qu'apporte la vie aux âmes exaltées, l'image de Graziella se revêtit en lui d'une pureté, d'une grâce incomparables : la fille du pécheur lui inspira des pages plus émouvantes que celles qui, vers le même temps, naissaient du souvenir d'un autre amour plus profond et plus douloureux ^. Graziella reste à jamais le poétique symbole de ce bonheur imprévu qui s'offre parfois à l'entrée de la vie et que la jeunesse méprise ou méconnaît, impatiente de courir à de plus âpres joies, . Mais, dans le voyage de 1811-1812, l'aventure sentimentale n'est que secondaire. L'essentiel, c'est que Lamartine en rapporte une vue nouvelle du monde extérieur. Devantles lumineux horizons d'Italie, comme devant les modestes sites de Milly, il s'abandonne sans recherche à ses impressions. Or l'espèce de voile qui, dans les climats modérés et les contrées médiocres, semble envelopper toutes choses n'existe plu? ici : l'atmosphère, le soleil, la mer (Lamartine découvre la mer^, le bleu profil des montagnes s'offrent et s'imposent au regard sans qu'il soit besoin pour les pénétrer d'une lente contemplation; la beauté éclate de toutes parts, triomphante, ruisselante de lumière. Qu'on le remarque pourtant : bien loin de l'engager à dédaigner son humble pays, il semble que la splendeur méridionale le lui fasse mieux comprendre et mieux

1. A Elvire (Premières Méditations, III) ; Le Golfe de Baïa (id., XXIV) : A El"* (Nouvelles Méditations, X); Elégie (id., XI); Adieu à Graziella (Troisièmes Méditations, VIII); Le premier regret (Harmonies, IV, xiv) ; J\'ovissima verba (ibid., xvi) ; La Fille du Pêcheur. (Epîtres et poésies diverses, XXV).

2. Comparez de ce point de vue Graziella et Raphaèi, qui datent de la

même année (iS^g). — On trouvera sur Graziella un très curieux article de M. Gustave Charlier dans le Correspondant du ro juillet 1912.

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■ par contraste, et coiiime on souhaite rautonme après l'éblouissement d'un jour d'été? On dirait plutôt qu'il reporte sur sa terne Bourgogne un peu de la grâce et de la magnificence des. paysages italiens : il s'ingénie à trouver entre les aspects de son pays et ceux du Midi une ressemblance qui embellit les premiers à ses yeux, comme, après le voyage d'Orient, il découvrira dans les coteaux de Milly quelque chose des collines de la Grèce. Un soleil intérieur s'est levé en lui, qui ne s'éteindra plus. Quand il rejoint Milly (dans l'été de -ISl^), après un long détour sur Lausanne et sur Paris, c'est avec une âme nouvelle. La poésie a cessé pour lui d'être un jeu intellectuel : le sentiment profond, la passion vraie n'y ont pas encore leur place; la sensation vive et sincère s'y est introduite.

En ■i8l-2. 1813. 48U, il est tout à la poésie. Toutefois il n'atteint encore le lyrisme, qui est la véritable voie de son génie, qu'à travers le drame et l'épopée. Une Médée, une Brunehaut, un Mérovée, un Saïd : voilà ce qui l'occupe. Sur des sujets tirés de la Bible ou de l'histoire nationale il voudrait écrire des tragédies plus libres, plus lyriques surtout, que les modèles classiques. Il rêve aussi d'un poème sur Clovis, qui serait le triomphe de l'inspiration chrétienne et patriotique.

On est stupéfait de voir combien peu les événements publics de 1814 et 1813 paraissent l'avoir ému. Il a vingt-cinq ans, l'Empire tombe : c'est pour lui l'occasion de recevoir un brevet de garde du corps et d'aller s'ennuyer dans sa garnison de Beauvais. Les Cent-Jours? l'occasion d'un voyage en Savoie et en Suisse, car il aime mieux passer la frontière que servir Napoléon. Waterloo, le retour des Bourbons le ramènent en France; il va solliciter à Paris, prendre contact avec la société aristocratique renaissante. C/otv's l'occupe toujours. 11 voudrait aussi publier quatre livres délégies amoureuses dans le genre de Pàrny. Nous sommes loin des Méditations : pourtant elles sont à la veille de naître.

Dansl'été de 1816. les médecins ordonnèrent à Lamartine le séjour et les eaux d'Aix-les-Bains, en Savoie. C'est là qu'il rencontra « Elvire «, qu'il l'aima et que l'amour éveilla en lui comme un autre génie. Elvire ne nous a longtemps été connue que par les poétiques images des Méditations et par les fausses confidences de Raphaël. Nous savons à présent qu'elle s'appelait en réalité Julie; son mari, M. Charles, presque septuagénaire, était secrétaire de l'Académie des sciences. Mme Charles

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