XMII LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES
ne se présentait pas à Lamartine, comme Graziella, parée du seul et naïfatirait de la jeimosse ; c'était une feniinodo trentedoux ans, dune physionomie, semblc-t-il, plus expressive que belle, déjà profondément atteinte par le mal qui devait remporter quinze mois plus lard. Elle toucha dabord LainarLine -^)ar la lanj^ueur rn^èn7rrgt"icr grâce que metlaienl en elle ces menaces d'une fin prochaine. La solitude, JIéidat.ajiletrjstesse do l'automne, un paysage digne deTânVowic//e Hélùïsc, tout concourut ab développement d'une passion qui « se nourrissait de mélancolie », et qui se transforma bientôt pour Lamartine en une sorte de culte idéal et demi-mystique, analogue à celui qu'avaient voué jadis' Pétrarque à Laure, Dante à Béatiice
11 ne faut pas oublier toutefois qu'après les semaines solitaires et brûlantes du séjour à Aix, Lamartine revit Mme Charles durant quatre mois àParis, entouréede sa famille et de ses relations, cultivant la société, empressée à servir ses amis, aimant à plaire, ba Correspondance du poète est muette sur cette époque; mais les Lettres d'Elvire à Lamartine, publiées par M. Doumic en 1903, ont achevé de faire succéder l'histoire à la légende. Ne faut-il pas le regretter? Ces lettres révèlent chez Mme Charles un esprit vif et pénétrant, assez singulièrement uni à une sensibilité abondante, à une imagination exaltée; au demeurant, l'expression n'en est pa!^ agréable': elles rappellent trop le xvni« siècle et Mme de Warens. 11 y règne un déplaisant mélange d'amour et de maternité (Julie se fait appeler maman par LamaTtine), la pensée de Dieu y est sans cesse invoquée hors de propos, c'est de l'emphase démodée. 11 y a dans la fougue même du sentiment quelles e.xpriment quelque chose d'équivoque qui déconcerte. Mais nous sommes mauvais juges. Telle citait Ëlvire, telle Lamartine l'aima. Kt, coiiimjLcet amour ne fut pas hëureùx7~coiTrme il fut~ tout de 'Sïïîîe accompagné de craintes et d'angoisses, que remplacèrent bientôt des regrets poignants et des souvenirs désolés, il ouvrit en Lamartine toutes les sotirces de la sensibilité.
O n'est pas quand il .se trouve auprès d'elle — à Aix, en aoûtseptembre 1816. à Paris, de la fin de décembre 1816 à mai 4817 — qu'il écrit le plus devers : l'ode à M. de Bonald, coinposée à Aix, une ode à Rocher, sur l'Enthousiasme (achevée en 1819), une ode au poète portugais Manoël, sur la Gloire, c'est à peu près tout. Mais il la quitte en mai, })our,ne plus la revoir. En septembre, il va l'attendre à Aix, où elle devait faire