‹ Oevres choisiesChapitre 130 sur 288 · HAROLD MOURANT · texte numérisé non relu

HAROLD MOURANT

« Quoi donc 1 n'aimcs-tu pas au moins celui qui t'aime?

N'as-tu point de pitié pour notre heure suprême ?

Ne peux-tu, dans l'instant de nos derniers adieux,

D'un nuage de deuil te voiler à mes yeux ?

Mes yeux moins tristement verraient ma dernière heure, ao

Si je pensais qu'en toi quelque chose me pleure.

Que demain la clarté du céleste rayon

A icndra d'un jour plus pâle éclairer mon gazon,

El que les flots, les vents, et la feuille qui tombe.

Diront : « Il n'est plus là ; taisons-nous sur sa tombe. » 3o

Mais non : tu brilleras demain comme aujourd'hui !

Ah ! si tu peux pleurer, Nature, c'est pour lui 1

Jijmais être formé de poussière et de flamme

A tes pars éléments ne mêla mieux son âme ;

Jamais esprit mortel ne comprit mieux ta voix, 35

Soit qu'allant respirer la sainte horreur des bois,

Mon pas n^élancolique, ébranlant leurs ténèbres,

Troublât seul les échos de leurs dômes funèbres ;

Soit qu'au sommet des monts, écueils brillants de l'air.

J'entendisse rouler la foudre, et que l'éclair, 4o

S échappant coup sur coup dans le choc des nuages,

Brillât d'un feu sanglant comme l'œil des orages;

Soit cjue, livrant ma voile aux haleines des vents,

Sillonnant de la mer les abîmes mouvants,

2 1 et suiv. Cf. Byron, Lara, II, i: « Quels que soient les regrets qui s'exhalent sur ta tombe muette, les cieux et la terre ne t'accorderont pas une larme ; aucun nuage ne deviendra plus sombre, aucune feuille ne tombera pbis tôt, aucun zéphyr ne soupirura pour toi ; mais les vers rampants s'empareront de leur pâture, et prépareront tes dépouilles pour fertiliser U terre. «

22. Notre heure suprême : l'heure où nous nous voyons, toi et moi, pour la dernière fois.

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