HAROLD MOURANT
« Quoi donc 1 n'aimcs-tu pas au moins celui qui t'aime?
N'as-tu point de pitié pour notre heure suprême ?
Ne peux-tu, dans l'instant de nos derniers adieux,
D'un nuage de deuil te voiler à mes yeux ?
Mes yeux moins tristement verraient ma dernière heure, ao
Si je pensais qu'en toi quelque chose me pleure.
Que demain la clarté du céleste rayon
A icndra d'un jour plus pâle éclairer mon gazon,
El que les flots, les vents, et la feuille qui tombe.
Diront : « Il n'est plus là ; taisons-nous sur sa tombe. » 3o
Mais non : tu brilleras demain comme aujourd'hui !
Ah ! si tu peux pleurer, Nature, c'est pour lui 1
Jijmais être formé de poussière et de flamme
A tes pars éléments ne mêla mieux son âme ;
Jamais esprit mortel ne comprit mieux ta voix, 35
Soit qu'allant respirer la sainte horreur des bois,
Mon pas n^élancolique, ébranlant leurs ténèbres,
Troublât seul les échos de leurs dômes funèbres ;
Soit qu'au sommet des monts, écueils brillants de l'air.
J'entendisse rouler la foudre, et que l'éclair, 4o
S échappant coup sur coup dans le choc des nuages,
Brillât d'un feu sanglant comme l'œil des orages;
Soit cjue, livrant ma voile aux haleines des vents,
Sillonnant de la mer les abîmes mouvants,
2 1 et suiv. Cf. Byron, Lara, II, i: « Quels que soient les regrets qui s'exhalent sur ta tombe muette, les cieux et la terre ne t'accorderont pas une larme ; aucun nuage ne deviendra plus sombre, aucune feuille ne tombera pbis tôt, aucun zéphyr ne soupirura pour toi ; mais les vers rampants s'empareront de leur pâture, et prépareront tes dépouilles pour fertiliser U terre. «
22. Notre heure suprême : l'heure où nous nous voyons, toi et moi, pour la dernière fois.