‹ Oevres choisiesChapitre 136 sur 288 · Égarés : désordonnés · texte numérisé non relu

Égarés : désordonnés

89. Altérés: de lumiJrc. Ce mot annonce déjà la pluie de ravons y. 59.

C'est lui, c'est le jour !

C'est lui, c'est la vie !

C'est lui, c'est l'amour!

0 Dieu, vois dans les airs ! l'aigle éperdu s'élance loo

Dans l'abime éclatant des cieux ; Sous les vagues de feu que bat son aile immense, 11 lutte avec les vents, il plane, il se balance ; L'écume du soleil l'enveloppe à nos yeux : Est-il allé porter jusqucs en ta présence io5

Des airs dont il est roi le sublime silence

Ou l'hommage mystérieux ?

0 Dieu, vois sur les mers ! le regard de l'aurore

Enlle le sein dormant de l'Océan sonore.

Oui, comme un cœur d'amour ou de joie oppressé, no

Tresse le mouvement de son flot cadencé.

Et dans ses lames garde encore Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé. Comme un léger sillon qui se creuse et IVissonnc Dans un champ où la brise a balancé l'épi, ii5

Un flot naît d'une ride ; il murnmre, il sillonne L'azur muet encor de l'abîme assoupi ; Il roule sur lui-même, il s'allonge, il s'abîme;

Le regard le perd un moment :

Où va-t-il ? 11 revient, revomi par l'abîme, 120

U dresse en mugissant sa bouillonnante cime ; Le jour semble rouler sur son dos ccumant ; 11 entraîne en passant les vagues qu'il écrase, S'enfle de leurs débris et bondit sur sa base; Puis enfm, chancelant comme une vaste tour, uS

Ou comme un char fumant brisé dans la carrière,

loli. [.'enveloppe d nos yeux. Il disparaît à nos regards cl)louis comme s'il avait plongé dans cet océan de flamme. . ■ M

ii3. (Jae la nuit a laissé. La teinte de l'eau ne sY-claircit pas aussi rapi- M dément que celle du ciel. 3

118-120.' A', une (verbe), abime (substantif). Rime faible. V. VUI, 75-76 (note).

HYMNE DU MATIN lî7

Il croule, et sa poussière En flocons de lumière Roule et disperse au loin tous ces fragments du jour.

La barque du pêcheur tend son aile sonore i3o

Où le vent du matin vient déjà palpiter,

Et bondit sur les flots que Tancrc va quitter,

Pareille au coursier qui dévore

Le frein qui semble l'irriter.

Le navire, enfant des étoiles, i35

Luit comme une colline au bord de l'horizon,. Et réfléchit déjà dans ses plus hautes voiles La blancheur de l'aurore et son premier ravon, Léviathan bondit sur ses traces profondes, Et, des flots par ses jeux saluant le réveil, i4o

De ses naseaux fumants il lance au ciel les ondc3 Pour les voir retomber en ravons du soleil.

L'eau berce, le màt secoue

La tente des matelots ;

L'air siflle, le citl se ique lia

Dans la crinière des flots ;

Partout l'écume brillante

D une frange étinoelante

Ceint le bord des flots amers :

Tout esi bruit, lurriière et joie ; iS»

C'est l'astre que Dieu renvoie.

C'est l'aurore sur les mers.

0 Dieu, vois sur la terre ! un pâle crépuscule

Teint son voile flottant par la brise essuyé;

Sur les pas de la nuit l'iiube pose son pied ; i55

i35. Le navire, par opposition à la barque du v. i3o. — Enfant des étoiles. La barque du pêcheur ne quille le rivage qu'au malin ; jirnce aux étoiles qui dirigent et prolégent sa roule, le navire a voyagé pendant la nuit sur la haute mer

189. Léviathan. Animal monstnieuï que décrit le Livre de Job (XL-XLI) et qui, d'après certains commentateurs, représente la baleine. — Ces vers sont une paraphrase du Psaume CH ..verset 26: a C est là (sur la mer) que les navires se promènent, et ce Léviathan que tu as formé pour s'y jouer. »

i54. Son voile : le voile de la terre, les brumes matinales.

L'ombre des monts lointains se déroule et recule,

Comme un a clément replié.

Su-j lambeaux, décbirés par l'aile de l'aurore, Flottent livrés aux vents dans l'orient vermeil ; La pourpre les enflamme et l'iris les colore ; iRo

Ils pendent en désordre aux tentes du soleil. Comme des pavillons quand une flotte arbore Les couleurs de son roi dans les jours d'appareil.

Sous des nuarjes de fumée Le rayon va pâlir sur les tours des cités, * i65

Et sous l'ombre des bois les bameaux abrités. Ces toits par l'innocence et la paix habités,

Sur la colline embaumée.

De jour et d'ombre semée, Font rejaillir au loin leurs flottantes clartés. 170

Le laboureur répond au taureau qui l'appelle, L'aurore les ramène au sillon commencé, Il conduit en chantant le couple qu'il attelle, Le vallon retentit sous le soc renversé ;

Au gémissement de la roue 176

Il mesure ses pas et son chant cadencé ; Sur sa trace en glanant le passereau se joue,

Et le chêne à sa voix secoue Le baume des sillons que la nuit a versé.

L'oiseau chante, l'agneau bêle, 180

L'enfant gazouille au berceau,

La voix de l'homme se môle

Au bruit des vents et de l'eau ;

L'air frémit, l'épi frissonne.

L'insecte au soleil bourdoiuie, i85

i58. L'aile de l'aurore. V. VIII, 3i (noto).

iG4. De famée : la fumée qui s'élève des villes et que traversent les rayons du soleil.

i65. Rayon. V. XtX, i (note).

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