‹ Oevres choisiesChapitre 143 sur 288 · Accords. V. I, iG (note · texte numérisé non relu

Accords. V. I, iG (note

7D. Des ténèbres: nocturne. V. VI, ig (note).

Se pressent de tous côtes, Comme d'arides feuillages Que rapportent les orages Au tronc qui les a portés.

C'est une mère ravie

A ses enfants dispersés,

Qui leur tend, de l'autre vie,

Ces bras qui les ont bercés ;

Des baisers sont sur sa bouche ;

Sur ce sein qui fut leur couche

Son cœur les rappelle à soi ;

Des pleurs voilent son sourire,

Et son regard semble dire :

a Vous aime-t-on comme moi ? »

C'est une jeune fiancée

Qui, le front ceint du bandeau,

N'emporta qu'une pensée

De sa jeunesse au tombeau :

Triste, hélas! dans le ciel même,

Pour revoir celui qu'elle aime

Elle revient sur ses pas,

Et lui dit : « iNla tombe est vcric I

Sur cette terre déserte

Qu'attcnds-tu ? Je n'y suis pas ! »

C'est un ami de l'enfance,

Qu'aux jours sombres du malheur

Nous prêta la Providence

Pour appuyer notre cœur ;

Il n'est plus, notre âme est veuve;

Il nous suit dans notre épreuve

Et nous dit avec pitié :

« Ami, si ton âme est pleine,

De ta joie ou de ta peine

Qui portera la moitié ? »

C'est l'ombre pâle d'un père Qui mourut en nous nommant ;

io5

ii5

C'est une sœur, c'est un frère,

Qui nous devance un moment.

Sous noire lieureuse demeure, laS

Avec celni qui les pleure,

llélas ! ils dormaient liier ;

Et notre cœur doute encore

Que le ver déjà dévore

Celle chair de noire chair ! j.3o

L'enfant dont la luort cruelle

Vient de vider le herceau,

Qui tomba de la mamelle

Au lit glacé du tombeau ;

Tous ceux enfm dont la vie, i35

Un jour ou l'autre ravie,

Emporte une part de nous.

Murmurent sous la poussière :

« Vous qui voyez la lumière.

De nous vous souvenez-vous? » i/io

Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême. Mânes chéris de quiconcpie a des pleurs ! Vous oublier, c'est s'oublier soi-même : N'êles-vous pas un débris de nos cœurs?

En avançant dans notre obscur voyage, i4b

Du doux passé l'horizon est plus beau ; En deux moitiés notre âme se partage.

Et la meilleure appartient au tombeau !

Dieu de pardon ! leur Dieu ! Dieu de leurs pères !

Toi que leur bouche a si souvent nommé, ido

Entends pour eux les larmes de leurs frères !

Prions pour eux, nous qu'ils ont tant aimé!

125. Demeure, pour: toit. V. XXIIl, 167 (note). i65. En avançant: à inesuro que nous avançons. «52. Aimé. Licence, pour u(/;ilj

Us l'ont prié pendant leur courte vie,

Us ont souri quand lu les as frappés !

Us ont crié : « Que ta main soit bénie ! » ili^

Dieu, tout espoir ! les aurais-tu trompés?

Et cependant pourquoi ce long silence?

INous auraient-ils oubliés sans retour?

IN'aiment-ils plus? Ah ! ce doute t'oflcnse !

Et loi, mon Dieu, n'es-ta pas tout amour? i6a

Mais, s'ils parlaient à l'ami qui les pleure, S'ils nous disaient comment ils sont heureux, De les desseins nous devancerions l'heure. Avant ton jour nous volerions vers eux.

Où vivent-ils ? Quel astre à leur paupière lOb

Répand un jour plus durable et plus doux ? \ ont-ils peupler ces îles de lumière ? Ou planent-ils entre le ciel et nous ?

Sont-ils noyés dans l'éternelle flamme ? Ont-ils perdu ces doux noms d'ici-bas, 17»

Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme ? A ces appels ne répondront-ils pas?

Non, non, mon Dieu ! si la céleste gloire

Leur eût ravi tout souvenir humain,

ïu nous aurais enlevé leur mémoire ; 17^

Nos pleurs sur eux couleraient-ils en vain?

Ah ! dans ton sein que leur âme se noie !

Mais garde-nous nos places dans leur cœur :

Eux qui jadis ont goùlé notre joie,

Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur? iSo

Etends sur eux la main de ta clémence : Us ont péché ; mais le ciel est un don 1

iG5. Paupière. V. XIII, 54 (note).

1C7. Ces îles de lumière. Les aslres.

Ils ont souffert ; c'est une autre innocence 1 Ils ont aimé ; c'est le sceau du pardon !

Ils furent ce que nous sommes, i85

Poussière, jouet du vent,

Fragiles .comme des hommes.

Faibles comme le néant.

Si leurs pieds souvent glissèrent,

Si leurs lèvres transgressèrent igo

Quelque lettre de ta loi,

0 Père ! ô Juge suprême !

Ah ! ne les vois pas eux-mcmc,

Ne regarde en eux que loi !

Si tu scrutes la poussière, ig^

Elle s'enfuit à ta voix ; Si tu touches la lumière.

Elle ternira tes doigts ; Si ton œil divin les sonde.

Les colonnes de ce monde aoo-

Et des cieux chancelleront ; Si tu dis à l'innocence :

. « Monte, et plaide en ma présence ' » Tes Vertus se voileront.

Mais toi, Seigneur, tu possèdes 3o5

Ta propre immortalité ;

Tout le bonheur que tu cèdes

Accroît ta félicité.

Tu dis au soleil d'éclore.

Et le jour ruisselle encore ; aïo

Tu dis au temps d'enfanter,

Et l'éternité docile,

Jetant les siècles par mille,

Les répand sans les compter !

igS. Ettx-même. V, XIV, 83 (note).

ao4. Tes Vertus. Dans la liiérarcliic céleste, les Vertus forment le cinquième chœur des Anges.

aie. Encore: de nouveau.

ai3. Par mille. V. vers 45 et la note.

l-;e HARMONIES POÉTIQUES ET RELIGIEUSES

Les mondes que lu répares ^'^

Devant loi vont rajeunir.

Et jamais tu ne sépares

Le passé de l'avenir :

Tu vis ! et tu vis ! Les âges,

Inégaux pour tes ouvrages, »'o

Sont tous égaux sous la main ;

Et jamais ta voix ne nomme,

Héias ! ces trois mots de l'homme :

Hier, aujourd'hui, demain.

0 Père de la nature, '^^

Source, abîme de tout bien,

Rien à toi ne se mesure ;

Ah ! ne te mesure à rien !

Mets, ô divine clémence.

Mets ton poids dans la balance,

Si lu pèses le néant !

Triomphe, ô vertu suprême,

En te contemplant toi-même.

Triomphe en nous pardonnant I

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