II. Cf. XXII, I
i2-i4, 3a-34. Jours, toujours. 3i-3^. Confondre, fondre. \. II, 25-j6 (note).
ÊlEilAliK L)b LA 'vAlLliE l4o
Plus orageux que les nuages,
Plus lumineux qu'un firmament !
Pendant que les empires naissent, a5
Grandissent, tombent, disparaissent
Avec leurs générations,
Dresse tes bouillonnantes crêtes.
Bats ta rive, et dis aux tempêtes :
« Où sont les nids des nations ?» 3o
Toi qui n'es pas lasse d'éclore
Depuis la naissance des jours.
Lève- toi, rayonnante aurore,
Couche-toi, lève-toi toujours 1
Réfléchissez ses feux sublimes, 35
Neiges éclatantes des cimes,
Où le jour descend comme un roi !
Brillez, brillez pour me confondre,
Vous qu'un rayon du jour peut fondre.
Vous subsisterez plus que moi I 5o
Et toi qui t'abaisse et t'élève
Comme la poudre des chemins.
Comme les vagues sur la grève,
R.ace innombrable des humains,
Survis au temps qui ine consume, 45
Engloutis-moi dans ton écume :
Je sens moi-même mon néant.
Dans ton sein qu'est-ce qu'une vie ?
Ce qu'est une goutte de pluie
Dans les bassins de l'Océan. 5o
Vous mourez pour renaître encore,
Vous fourmillez dans vos sillons ;
Un souffle du soir à l'aurore
Renouvelle vos tourbillons ;
Une existence évanouie &5
Ne fait pas baisser d'une vie
»i. Abaisse, élève, pour abaisses, élèves. V. XV, 3i-33 (note).
lO
Le flot de l'être toujours plein ;
Il ne vous manque, quand j'expire,
Pas plus qu'à l'homme qui respire ^
î\e manque un souffle de son sein. 60
Vous allez balayer ma cendre :
L'homme ou l'insecte en renaîtra.
^lon nom brûlant de se répandre
Dans le nom commun se perdra.
Il fut ! voilà tout. Bientôt même 65
L'oubli couvre ce mot suprême,
Un siècle ou deux l'auront vaincu ;
Mais vous ne pouvez, ô nature,
Effacer une créature.
Je meurs ; qu'importe ? j'ai vécu ! 70
Dieu m'a vu ! le regard de vie
S'est abaissé sur mon néant ;
Votre existence rajeunie
A des siècles, j'eus mon instant !
Mais, dans la minute qui passe, 75
L'infini de temps et d'espace
Dans mon regard s'est répété,.
Et j'ai vu dans ce point de l'être
La même image m'apparaitre
Que vous dans votre immensité I
Distances incommensurables,
Abîmes des monts et des cieux,
Vos mystères inépuisables
Se sont révélés à mes yeux :
J'ai roulé dans mes vœux sublimes »!>
Plus de vagues que tes abîmes
N'en roulent, ô mer en courroux !
Et vous, soleils aux yeux de flamme,
Le re!?ard brûlant de mon âme
S'est élevé plus haut que vous ! ■ 90