Portraits contemporains
2. l.ottre à Verlaine, du 19 novembre i865 (Causeries du Lundi, t. IX, p. 534).
IMUODLCTION XXI
danle, élevée et toute divine. Les comparaisons avec le passage d'une journée aigre, variable et désagréable de mars à une tiède et chaude matinée de vrai printemps, ou encore d'un ciel gris, Iroid. où le bleu paraît à peine, à un vrai ciel pur, serein et tout élliéré du Midi, ne rendraient que faiblement l'effoi poétique et moral de cette poésie si neuve sur lés âmes qu'elle venait charmer et baigner de ses rayons. D'un jour à l'autre on avait changé de climat et de lumière, on avait changé d'Olympe : c'était une révélation. » Et les classiques, malgré leur prudente réserve, et toute ce*te jeunesse sans noni qui se cherchait encore, furent unanimes à saluer en Lamartine l'ingénuité sublime du génie.
Une distinction, toutefois, est nécessaire. Ce public, qui faisait à Lamartine un si grand et si légitime succès, c'était en réalité deux publics. Pour la foule, pour les jeunes gens, comme Hugo, Sainte-Beuve ou Quinet, Lauiartine était bien un inconnu; il n'entrait dans leur admiration que de l'enthousiasme et de la surprise. Mais auprès de la « société » parisienne, auprès de la noblesse de la cour et des salons, le succès avait été préparé de longue main. Dès 4816, Lamartine a pris pied dans cette aristocratie. Les relations de sa grand'mère des Roys, celles de sa mère, celles de Virieu l'ont introduit près de Mme de Raigecourt, l'ancienne amie de la princesse Elisabeth, et de là dans les salons plus modernes de Mme de Montcalm, de Mme de Saint-Aulaire, de Mme de Broglie; il y rencontre le duc d'Orléans, le duc Mathieu de Montmorency, « le plus grand nom de Ei'ance », le duc de Rohan, avec lequel il restera particulièrement lié. Il n'y cherche d'abord que des protections pour obtenir un poste dans la diplomatie; mais on se réjouit de trouver en lui un poète, qui pourra être « le poète de prédilection du grand monde », traduisez,: de la société catholique et royaliste, comme elle a en Chateaubriand son prosateur, en de Ronald et en de Maistre ses philosophes. Les Méditations y sont applaudies avant d'être publiées et presque avant d'être connues, comme avaient été applaudies, un an ou deux ans auparavant, les lectures du Saûl. Encouragé et poussé par Virieu, Lamartine se prêta de bonne grâce à ces mille échanges de politesses pt d'amabilité par lesquels un auteur aide à sa renommée. Le succès dépassa peut-être son attente ; mais il avait fait ce qu'il fallait pour être sûr du succès.
De même, bien loin de laisser s'exhaler ses vers comme des « épanchements » ou des « soupirs » et de me!Irc "i i ■.■ ,.( illir