‹ Oevres choisiesChapitre 17 sur 288 · X\II LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

X\II LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES

les pièces détachées qui couraient les salpns une éléo^ante et dédaigneuse nonchalance, il avait apporté un soin minutieux, non seulement à l'achèvement de chaque pièce, mais au classement, à la composition, à la variété de l'ensemble ; il avait disposé avec un goût très sûr et une singulière science de la curiosité du public les confidences douloureuses, les sereines affirmations philosophiques, les romances et les prières, les élans profanes et les aspirations sacrées. Rompons l'ordre artificiel et concerté dans lequel il a présenté ses poésies : nous y distinguerons plus aisément, en nous aidant des indications chronologiques fournies par sa correspondance, les didérentos inspirations qu'il eut l'art de mêler et de fondre, de manière à donner l'illusion d'une sorte d'unité morale et poéticjue tout involontaire et spontanée.

Deux pièces au moins, A Elvire^ et Le Golfe de Baïa (probablement aussi VHymne au Soleil), se rapportent non pas au souvenir de Mme Charles, mais à celui de Graziella. Placé» sous l'invocation dHorace, imprégnés d'un épicurisme facile, parsemés de souvenirs classiques et d'images mythologiques, ces poèmes ont leur grâce et leur mélancolie; on pourrait pourtant les retrancher sans que le caractère essentiel du recueil s'en trouvât altéré. C'est autour du souvenir de Jjijieqiie se groupent les quelques chefs-d'œuvre qui restent inséparables du nom et de la gloire de Lamartine : le Lac, Vholement, l'Automne, le Vallon, d'une part ; de l'autre, le Temple et llm- |j mortalité. Les premiers créent et portent d'emblée à sa perfection ce que Sainte-Beuve a appelé « rélégio moderne »; les : deux autres marquent le point de départ d'une poésie religieuse let piiilosophique que nous verrons se poursuivre dans les \Méditations même, s'accentuer dans la Mort de Socrate, s'épajnouir enfin dans les Harmonies.

La joie et la douleur humaine, en face de la nature, comparant leur propre fragilité à son rajeunissement éternel et trouvant parfois dans sa paix ou dans sa tristesse on ne sait quelle secrète douceur, voilà le thème des poésies élégiaques. Des paysages familiers en sont le cadre : le lac et les montagnes d'Aix, où Lamartine passa l'inoubliable été de 4816; l'horizon qui se découvre du haut des collines de Milly; les

I. Cf. le Commentaire de Lamartine : « J'écrivis le nom d'Elvire à la place du nom de Graziella. On sent assez que ce n'est pas la même inspiration, n — D'après M. des Coignets {La Vie intérieure de L'tmartine, p. 76), le Temple aurait également été écrit pour Graziella : il en donne des raisons fort plausibles.

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