MILLY OU LA TERRE NATALE M
Presser et relâcher dans l'azur de ses plis
De leurs caps dentelés les contours assouplis,
S'étendre dans le golfe en nappes de lumière, '
Blanchir l'écuell fumant de gerbes de poussière, 3o
Porter dans le lointain d'un occident vermeil
Des îles qui semblaient le lit d'or du soleil,
Ou, s'ouvrant devant moi sans rideau, sans limite,
Me montrer l'infini que le mystère habite; Jij>^
J'ai vu ces Gers sommets, pyramides des airs, 35 « ^^r^
Où l'été repliait le manteau des hivers.
Jusqu'au sein des vallons descendant par étages,
Entrecouper leurs flancs de hameaux et d'ombrages,
De pics et de rochers ici se hérisser.
En pentes de gazon plus loin fuir et glisser, 4o
Lancer en arcs fumants, avec un bruit de foudre,
Leurs torrents en écume et leurs fleuves en poudre.
Sur leurs flancs éclairés, obscurcis tour à tour.
Former des vagues d'ombre et des îles de jour.
Creuser de frais vallons que la pensée adore, 45
Remonter, redescendre, et remonter encore,
Puis des derniers degrés de leurs vastes remparts,
.\ travers les sapins et les chênes épars,
Dans le miroir des lacs qui dorment sous leur ombre
Jeter leurs reflets verts ou leur imas-e sombre, 5o
Et sur le tiède azur de ces limpides eaux
Faire onduler leur neige et flotter leurs coteaux;
J'ai visité ces bords et ce divin asile
Qu'a choisis pour dormir l'ombre du doux Virgile,
28. Leurs se rapporte aux mers (v. a5). — Assouplis, pour souples, mous. Y. XIV. 68 (note).
3o. Poussière (d'eau). L'écume rejaillit en poussière sur les écueils.
33. Sans rideau ne s'accorde guère a\(icronduleuse ceinlwe des Jlots (y. 26) ; ■lais le poète et. avec lui, le lecteur ont perdu de vue la première ima^^e.