LES REVOLUTIONS
II salue en partant la citerne tarie,
Et, sans se retourner, \a chercher la patrie 5
Où le désert cache ses eaux.
Que lui fait qu'au couchant le vent de fou se lève Et, comme un océan qu'î laboure la grève, Comble derrière lui l'ornière de ses pas,
Suspende la montagne où courait la vallée, lo
Ou sème en flots durcis la dune amoncelée i* II marche, et ne repasse pas.
Mais vous, peuples assis de l'Occident stupide, Hommes pétrifiés dans votre orgueil timide. Partout où le hasard sème vos tourbillons i5
Vous germez comme un gland sur vos sombres collines, Vous poussr>z dans le roc vos stériles racines, Vous végétez sur vos sillons !
Vous taillez le granit, vous entassez les briques, Vous fondez tours, cités, trônes ou répubhqaes: , 20
Vous appelez le temps, qui ne répond qu'à Dieu ; Et, comme si des jours ce Dieu vous eût fait maître, Vous dites à la race humaine encore à naître : « Vis, meurs, immuable en ce lieu 1
« Recrépis le vieux mur écroulé sur ta race, a5
'Garde que de tes pieds l'empreinte ne s'eflace,
5. La patrie. Le nomade n'a pas de patrie : la patrie est pour lui l'oasis où il trouve l'eau nécessaire à sa subsistance. 7. Le vent de feu. Le simoun.
9. Ornière: trace profonde et continue. Extension pittoresque du sens ordinaire du mot. Cf. XL, 320.