Aax bords. V. IV, 6 (notej
ISG JOCELYN
Précipités du ciel sur le rocher qui fume.
Jetaient jusqu'à mon front leurs cris et leur écume;
Quand les troncs des sapins tremblaient comme un roseau
Et secouaient leur neige où planait le corbeau,
Et qu'un brouillard glacé, rasant ces pics sauvages, aj
Gomme un fils de Morven me vètissait d'orages,
Si, quelque éclair soudain déchirant le brouillard,
Le soleil ravivé me lançait un regard
Et d'un rayon mouillé, qui lutte et qui s'efface,
Eclairait sous mes pieds l'abîme de l'espace, 3o
Tous mes sens exaltés par l'air pur des hauts lieux,
Par cette solitude et cette nuit des cieux.
Par ces sourds roulements des pins sous la tempête,
Par ces frimas glacés qui blanchissaient ma tête,
Montaient mon âme au ton d'un sonore instrument 35
Qui ne rendait qu'extase et que ravissement ;
Et mon cœur à l'étroit battait dans ma poitrine.
Et mes larmes tombaient d'une source divine,
Et je prêtais l'oreille et je tendais les bras,
Et comme un insensé je marchais à grands pas, do
Et je croyais saisir dans l'ombre du nuage
L'ombre de Jéhovah qui passai, dans l'orage,
Et je croyais dans l'air entendre en longs échos
Sa voix que la tempête emportait au chaos;
Et de joie et d'amour noyé par chaque pore, i^
Pour mieux voir la nature et mieux m'y fondre encore,
22. Leurs cris. Cf. v. 20 : hurlant d'horreur. Le torrent devient une espèce de monstre formidable, qui se brise fantastiquement au fond des pré- •ipices.