‹ Oevres choisiesChapitre 210 sur 288 · JOCELYN ET LAURENCE DANS LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

JOCELYN ET LAURENCE DANS LA MONTAGNE

•^ ai la meilleure part, l'autre part de moi-même,

^ n regard qui me cherche, un souvenir qui m'aime,

î n ami dont mon pas fera battre le cœur, i5

l^ " être dont le ciel m'a l'ait le protecteur,

l'our moi tout, et pour qui je suis tout sur la terre, /

Patrie, am.is, parents, mère, sœur, frère et père,

Qui compte tous mes pas dans son cœur palpitant,

Et pour qui loin de moi le jour n'a qu'un instant, so

L'instant où, de ces monts me voyant redescendre,

11 vient de ses deux bras à mon cou se suspendre.

Et, bondissant après comme un jeune chamoi,

Me ramène à la grotte en courant devant moi ; »

Alors, pressant le pas sur mon chemin de neige, a5

Je me trace de l'œil le sentier qui l'abrège ;

Le glacier suspendu m'oppose en vain son mur,

Je me laisse glisser sur ses pentes d'azur;

Je retrouve Laurence au pied de'la montagne.

Car je ne permets pas encor qu'il m'accompaj^ne. 3o

Il passe alors son bras plus faible sous le mien ;

Je lui conte mon jour, il me conte le sien ;

Nous rentrons, il me dit combien nos tourterelles

Ont couvé le malin d'œùfs éclos sous leurs ailes.

Combien la chèvre noire a donné de son lait, 35

Ou de petits poissons ont rempli son Iilet ;

Il me montre les tas de mousses et de feuille

Que pour tapisser l'antre avant l'hiver il cueille.

Les fruits qu'il a goûtés et rapportés du bois,

Et dont l'épine aiguë ensanglante ses doigts, d>

Les bras de vigne vierge, ou de liene qui flotte.

Qu'il a fait serpenter dans les flancs de la grotte,

30. Loin de moi. Elliptique: quand il est loin de moi, le jour entier tient, dans sa pensée, en un seul instant qu il se représente d'avance.

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