‹ Oevres choisiesChapitre 209 sur 288 · JE DE JOCELYN ET DE LAURENCE DANS LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

JE DE JOCELYN ET DE LAURENCE DANS LA MONTAGNE

Malgré la beauté du site et la piété qui remplit son cœur, la solitude ne tarde pas à peser à Jocelyn. 11 aperçoit un jour deux proscrits, un homme et un enfant, qui, poursuivis par deux soldats, s'avancent vers le précipice et cherchent un passage. Instinctivement il jelte un cri, et du geste leur montre le pont de rocher. Ils s'y risquent ; les soldats s'y élancent derrière eux. Des coups de feu éclatent de part et d'autre : les soldats roulent au fond de l'abîme. Le plus âgé des proscrits, blessé à mort, ne tarde pas à expirer dans la grotte où Jocelyn l'a recueilli. Avant de mourir, il recommande son fils à Jocelvn.

L'<>nfant se nomme Laurence ; il a seize ans. Il est seul au monde. Jocelyn se sent bientôt une sympathie ardente pour son jeune compagnon, qui s'attache tendrement à lui. Sa solitude ainsi partagée lui devient rapidement très douce.

De la grotte, 25 septembre 1793.

Quand je reviens le soir de mes lointaines chasses, Les pieds meurtris, les doigts déchirés, par les glaces, Rapportant sui* mon dos l'élan ou le chamois, Et que, du haut d'un pic, du plus loin j'aperçois Mon lac bleu resserré comme un peu d'eau qui tremble Dans le creux de la main où l'enfant la rassemble, Le feston vert bordant sa coupe de granit, De mes chênes penchés la tête qui jaunit, Et, vacillante au fond de la grotte qui fume, La lueur du foyer que Laurence rallume; Quand je rêve un moment, quand js me dis : « Là-bas, Dans ce point lumineux qu'un lynx ne verrait pas.

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