‹ Oevres choisiesChapitre 221 sur 288 · A'eùt jamais. Sous-entendu : suns vous · texte numérisé non relu

A'eùt jamais. Sous-entendu : suns vous

i: 2 JU^ELV.N

Parler d'amour, grand Dieu, sous ces ombres muelles ! aoS

Insensé, regardez, et songez où vous êtes !

Vovez dans les cachots ces membi-es amaigris,

Ces bras levés à Dieu, par des chaînes meurtris;

Cette couche où l'Eglise expirç, et sent en rêve

Le baiser de l'Époux dans le tranchant du glaive ; ji-

Ce sépulcre des morts par la vie habité,

Qui ne se rouvre plus que sur l'éternité ;

Ces fers dont les anneaux tout rouilles sur nos membres

Ont rivé Jésus-Christ à chacun de ses membres ;

Et ce pain d'amertume, et ce vase de fiel, aib

Délicieux banquet de ces noces du ciel !

Et c'est là, c'est devant ces témoins de supplice,

Devant ce moribond qui marche au sacrilice,

Que' vous osez parler de ces amours mortels,

Vous, consacré d'avance à nos heureux autels; as»

Vous, que leur sacré deuil, le sang qui les colore,

Par un plus fort lien y consacrait encore !

Ah ! que cette amertume ajoute à mon trépas!

Quoi! vous, trahir! Mais non, cela ne se peut pas!

Vous ne souillerez pas une si chaste vie, ijb

Vous ne jetterez pas à mon front cette lie.

Vous ne donnerez pas cette absinthe, au lieu d'eau,

Au vieillard qui demande une goutte au bourreau;

Vous ne laisserez pas l'àme de votre père

Partir sans emporter le pardon qu'elle espère, »3v>

Sans avoir entendu d'un ministre de Dieu

La parole de paix et le salut d'adieu ! '

Ah ! que j'ai demandé cette heure au divin Maître!

Combien j'ai soupiré pour qu'un juste, un saint prêtre,

A ses pieds, comme Dieu, me reçût à genoux. 335

Me dit avant la mort : « Vivez, je vous absous! »

Pour qu'il offrît pour moi, la veille du supplice, ^t

Celte coupe du sang, ce fruit du sacrihce M

208. A, pour : vers. V. XII, 4 (noie). 210. L'Epoux : le Christ.

21 4. Ses membres : nous, clirétiens. — Pour la rime, cf. XXVII, ii2-ii5i et la note.

23 1-233. Diea, adieu. V. IL 26-26 (note). 288. Ce fruit du sacrifice (de Jésus) : l'hostie.

LORDI.NATION 203-

Que mes doigts mutilés ne peuvent plus tenir,

Et me bénit ce pain que je n'ose bénir! a4o-

Et quand l'ange, exauçant enfin ma dernière heure,

Vous amène du ciel au père qui vous pleure;

Quand, pour diviniser cette heure du trépas,

11 ne me faut qu'un mot... vous ne le diriez pas I

0 mon enfant, au nom de ces larmes dernières *â

Qui sur vos mains de fils tombent de mes paupières,

Au nom de ces cheveux blanchis dans les cachots,

De ces membres promis demain aux écliafauds ;

Au nom des tendres soins que j'ai pris de votre âme,

Au nom de votre mère, au nom de cette femme aSo

Qui, si son œil de vierge ici pouvait vous voir.

Vous pousserait du geste et du cœur au devoir.

Et qui, fille du Christ, ne voudrait pas sans doute

Acheter votre vie au prix qu'elle vous coûte,

Déchirez le bandeau qui recouvre vos yeux ; 255-

Dites ce mot, mon fils; que je l'emporte aux cieux I... >

La sueur de mon front tombant à grosse goutte.

Avançant, reculant, comme un homme qui doute.

Je demeurais muet, méditant, interdit.

D'un courroux surhumain son regard resplendit; 260-

Son corps se redressa, comme si son idée

L'eût soulevé du sol, grandi d'une coudée;

Son bras chargé de fers s'étendit contre moi;

Le cachot s'éclaira de l'éclair de sa foi.

Je crus voir de son front la foudre inlérieure 26>

Jaillir et serpenter dans la sombre demeure;

Sa voix prit la colère et la vibration

Du prophète lançant la malédiction,

Dos lions de Juda rugissement terrible !

a Eh bien ! puisqu'à mes pleurs vous restez insensible, ay- ■

aSg. MuliUs. Hyperbole : afTaililis, débiles.

ilii. ^îa dernière heure. Ellipfique : le vœu de ma dernière lieure. a42. Pleure : désire ea pleurant. V. VII, 2 5 (note).

abi ^ grosse goatle. Licence, pour le pluriel. Rapprocher 1\., Ci ; XV, aW; X\X, 22; XXXVIl, 5o.

Page 1