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2. Ouragan de l'âme: ouragan moral. V, \ I, IxÇ) (note), et rapprochez XX.X.I1I, i>4 :' l'orage de l'âme.
Comme on entend de loin sa grande voix qui gronde,
Pleine des mille voix du peuple qui l'inonde,
Semblable à l'Océan qui fait enfler ses flots, ' 5
Monter et retomber en lugubres sanglots !
Oh ! que ces grandes vou des grandes capitales
Onl de cris douloureux et de clameurs fatales,
D'angoisses, de terreurs et de convulsions !
On croit v distinguer l'accent des passions lo
Qui, soufflant de l'enfer sur ce million d'àmes,
Entrechoquent entre eux ces hommes et ces femmes,
Font monter leur clameur dans le ciel comme un flux,
Ne forment qu'un seul cri de mille cris confus.
Ou qu'on entend le bruit des tempes de la terre iTi
Que la fièvre à grands coups fait battre dans l'artcre.
Quel poids pèse sur l'àme en entrant dans ces murs,
En voyant circuler dans ces canaux impurs
Ces torrents animés et cette vague humaine
Qu'un courant invisible en sens contraire entraîne, 20
Qui sur son propre lit flotte éternellement,
El dont sans voir le but on voit le mouvement !
Quel orageux néant, quelle mer de tristesse,
Chaque fois que j'y renti-e, en me glaçant m'oppresse 1
Tl semble que ce peuple où je vais ondover a5
Dans ces gouflres sans fond du flot va me nover ;
Que le regard de Dieu me perd dansretlc foule;
Que je porte à moi seul le poids de cette houle ;
Que son immense ennui, son agitation,
M'entraînent faible et seul dans son attraction ; 3o
Que de ces passions la fièvre sympathique,
En coudoyant ce peuple, à moi se conununique ;
Que son âme travaille et souffle dans mon sein ;
Que j'ai soif de sa soif, que j'ai faim de sa faim ;
Que ma robe en passant se salit à ses crimes ; 3â
Et que, tourbillonnant dans ses mouvants abîmes,
30. En sens contraire. Le singulier pour le pluriel: en sens contraires; tantôt dans un sens, lantft flans 1 autre. 3i. iSj-m/jai/iiçue : contaj^ieuse.
-2i'2 JOCELYN
Je ne suis pas pour lui plus (ju'une goutte d'eau
Qui ne lait ni hausser ni baisser son niveau,
Un jet de son écume, un morceau de sa vase,
Une algue de ses bords qu'il souille et qu'il écrase ; 4o
Et que, si je venais à tomber sous ses pas,
Cette foule à mes cris ne s'arrêterait pas.
Mais, comme une machine à son but élancée.
Passerait sur mon corps sans même une pensée !...
Et puis, faut-il le dire ? il est ici pour moi • 45
Un éternel sujet de tristesse et d'effroi.
Je me surprends sans cesse à penser, à me dire.
Tout tremblant : « C'est ici que Laurence respire ;
C'est ce bruit qu'elle entend, c'est ce ciel qu'elle voit,
Ce pavé qui la porte, et cette eau qu'elle boit ; 5o
C'est dans cet océan, dans ce désert immonde,
Que cette perle pure est enfouie au monde. »
Quand je lève mes yeux vers ces brillants séjours
Dont les flambeaux le soir ressuscitent les jours,
Je me dis, en voyant une ombre à la fenêtre : 55
<f Cette ombre que je vois, c'est la sienne peut-être ! »
Chaque char en roulant me semble l'emporter.
Ce coude que le mien le soir vient de heurter,
La trace de ce pied, la robe que je froisse.
Qui sait si ce n'est pas... ? Une poignante angoisse 6jo
De chaque aspect pour moi sort et vient m'assaillir ;
J'entends des sons de voix qui me font tressaillir ;
J'entends des noms qui font rougir jusqu'à mon âme ;
Je frémis de lever les yeux sur une femme ;
Je tremble qu'à son front rencontré par hasard 65
Mon cœur ne meure en moi, foudroyé d'un regard.
Puis je rentre, l'esprit courbé de lassitude,
^lals poursuivi des cris de cette multitude,
43. A : vers. V. XII, 4 (note). — Élancée, pour lancée, V. I, 26 (noie). Lamartine avait d'abord écrit : à son terme lancée.
b'2. Au monde. Redondant.
53. Ces brillants séjours... Entendez: ces riches demeures où la nuit est aussi brillante que le jour.
Cl. Aspect. Le poète prête à ce mot un sens concret: ol)jct, personne se présentant aux regards. — Assaillir, tressaillir. V. II, i35-i36 (uote).
Trouvant l'isolement, mais jamais le repos,
Le cœur amer et vide, et plein de mille (Vlios ; -^c
Le bruit assourdissant de l'humaine tempête
Monte, gronde sans cesse, et m'enivre la tôle ;
Et seul, sans c[u'il me tombe une goutte de (oi.
J'entends à peine, hélas ! mon cœur qui prie en moi.
Oh! nuit de ma montagne, heure où tout fait silence 75
Sous le ciel et dans moi ; lune qui se balance
Sur les cimes d'argent du pâle peuplier.
Que l'haleine du lac à peine fait plier ;
Blanches lueurs du ciel sur l'herbe répandues,
Comme du linlavé les toiles étendues ; 80
Des brises ou de l'eau furtif bruissement ;
Des chiens par intervalle un lointain aboiement;
Le chant du rossignol par notes sur des -cimes ;
Silence dans mon âme, ou quelques bruits intimes
Qu'un calme universel vient bientôt assoupir, 85
Et qu'un retour vers Dieu change en pieux soupir !
0 jours d'un saint labeur ! douces nuits de ^ alneige!
Oh ! que le temps me dure ! Oh! quand vous revcrrai-je !...
Paris, 3 1 ?onl(;mbrc 1800.
Quel spectacle, Seigneur, vous donnez à vos anges,- Dans ces grands chocs d'idée et ces luîtes étranges ! Sur ce peuple qui peut savoir votre dessein ? Vous avez mis, grand Dieu, deux âmes dans son sein :
73. Sans qu'il me tombe : sans que je reçoive du ciel. — L'esprit de Jocplyn est si bouleversé que la foi même est comme assoupie en lui.
82 Par intervalle. V. IX, 64 (note).
83, Par notes: entendu distinctement, note par note. — Des cimes: dt-s cimes d'arbres. Cf. v. 174.