INTRODUCTION XXXI
connaître et à mieux juger les hommes et, en lui révélant bien des intrigues, éveille enluil'idéeet commelesentimentdocétte « haute politique »,« trèsau-dessusde nospetitsintérètsparticuliers, » dont la « bonté » et le « bon sens >> sont les éléments', et qu'il devait quelques années plus lard essayer de mettre en pratique. A son retour en France, il pénètre avec une sin-
' gulière clairvoyance les menées des partis, et prévoit, et prédit bientôt la chute de Charles X et la révolution probable'^. Mais, tout en l'intéressant, la politique ne l'attiœ pas encore, peutêtre parce qu'il sent qu'il n'y a, à l'heure présente, rien à faire qu'à laisser l'aire. Et puis, la poésie est encore la plus forte.
En matière de littérature et d'art, ses idées se modifient-/ . d'ailleurs et se précisent, sans être pour cela faciles à définir. '^* h^i Méditations avaient puissamment contribué à donner le * branle au mouvement romantique, mais Lamartine reste à part de ce mouvement né de lui. Sa première rencontre avec Victor Hugo encore enfant et l'amitié sincère qui se noua entre eux, la visite que firent à Saint-Point Hugo et Nodier en août 'IS'âo, les lettres même échangées entre les deux poètes 'de 1823 à 1826 ne suffisent pas à déterminer avec exactitude les rapports de Lamartine avec le romantisme naissant. 11 paraît s'en être un peu méfié, comme un aîné qui regarde avec complaisance, mais sans y prendre part lui-même, les plaisirs et les travaux de la jeunesse. 11 voulait tien donner de l'argent à la Muse française, mais non y collaborer; il la jugeait
\ assez sévèrement, et elle le lui rendait, à l'occasion. A vrai dire, à mesure que l'art devenait en lui moins spontané et plus conscient, il ne dédaignait pas de faire çà et là quelques concessions au goût du jour 3. Si son long séjour en Italie l'avait éloigné des cénacles, au retour il se met au courant, et bientôt lente, d'après ce qu'il a « vu et entendu à Paris », de se faire « un nouveau style, moins pompeux, uioins solennel^ ». Pourtant toute la partie factice du romantisme, recherche du pittoresque, « afl'ectation de costume et de style », ne cesse de
1. Cf. lettres à Mme de Raigecourt, du 27 juillet; à Mme do Lamartine, du 18 octobre; à Virieu, du 21 novembre 1828.
2. « Je crois maintenant à la possibilité d'une révolution qui emporte la dynastie, je n'y croyais [)as hier. » (Lettre à Virieu, du 16 août 182g). Cf. lettres au même, du 1 5 et du 23 septembre.
3. Cf. lettre à Virieu, du 6 août 1828 : « Je vais ffdre ou refaire César en romantique pour m'amnscr cet automne. »
!i. Lettre à Virieu, du i^i" août 182g : « Ne t'alarme pas, ajoute-t-il, ce n'est pas du romantisme à la Hugo, c'est quelque chose de plus intime, de plus vrai, de plus dénué d'afTectation de costume et de style. »
lui paraîti-R vaine et puérile; sa philosophie, trop désolée. Les ilrames n>tnririlique< aclievèrenl de le rehuler'. En somme, ce nuvaleiir avait ses maîtres dans le passé. Sauf liyron, dont l'iniliience sur lui fut profonde, mais passagère, c'est aux classiques, d'Horace à \'oltaire, et tout au plus aux pré-romanliques, comme Rousseau et Ossian (en qui il vit toujours un ancien), que vont encore ses préférences.
La Mort de Socrate, les Nouvelles Méditations, le Dernier Chant du pèlerinagv d'IIarold donnèrent une voi.\ à ces années où Lamartine complète son expérience de la vie ; les Harmonies en sont le couronnement et le chef-d'œuvre.
« En ce moment je fais une cho'io que je iiiéilllao depuis six ans : un cliant sur la mort de notre ami Socrate, » écrit Lamartine à Virieu le 13 février 1823. Ce chant était une imitation, très libre, du Phédon. Platon était alors à la mode ; mais il n'est que juste de r<!marquer que Lamartine l'avait connu et aimé avant qu'il fût à la mode. Aperçue peut-être et devinée à travers Pétrarque, plus pleinement découverte et plus clairement saisie dans ses entretiens avec son ami Fréminville, la haute poésie de la do<-lrine platonicienne l'avait dès longtemps séduit. L'optimisme généreux, la morale grave et douce, les rêveries méla[)hysiques de cette doctrine si riche d'idéal convenaient t'out à fait à .son cœur. En même temps, le platonisme,' tempéré de laison jusque dans ses spéculations les plus hardies et ses fantaisies les plus libres, avait pu l'aidera se mainlenirdans les voies du spii-itualisme, alors que fléchissaient en lui les croyances proprement dites : la Mort de Socrate est l'hommage reconnaissant d'un disciple au maître qui l'a éclairé et guidé dans des heures de trouble et d'incertitude. Nous avons déjà indiqué l'importance à cet égard de la Mort de Socrate, qui marque une étape de la pensée du poète. Si Lamartine, au lieu de s'en tenir au <léisme presque vollairien des Méf/zfa^ions/s'éleva bientôt à cette large et enthousiaste et indéfinissable ferveur religieuse qui anime les Harmonies, nul doute qu'il n'en soit en partie redevable à la fréquentation et à l'influence de Platon. Est-il besoin d'ajouter que le disciple n'a pas toujours entendu ou rendu la {)ensée du maître '! A coté de quelques passages qui sont une traduction [)Uie et simple de Platon, il serait aisé de relever nombre d inexactitudes, d'infidélités et de contresens. La pen-