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I. Lettre à Mme de RaiMcourt, du i5 octobre

XXX LAMARTINE : Ol-UVRES CHOISIES

« ^otre àme, écril-il à Virieu, a, comme TOcéan, son flux et son reflux. Il faut suivre, sans s'en embarrasser, cette »''ternelle loi de la nature. » Tel sera désormais, si l'on peut s'exorimer ainsi, le rythme de sa vie inlérieure, et, pour qui veut le connaître tout entier, les moments de silence sont aussi importants que les moments de production, qu'ils précèdent et qu'ils expliquent.

11 vécut en France quatre années, de juin 18-21 à octobre 4825, occupé surtout à embellir sa nouvelle résidence de Saiiit- Puint* et à cultiver ses terres. Puis, nommé secrétaire d'ambassade à Florence, il repart pour l'Italie, où il fait cette fois un séjour de trois ans (octobre 48'25-août 18-28). Après quoi, il n'y retourne plus. D'un côté on le presse d'aborder la politique; de l'autre, il attend un poste de diplomate à Londres ou à Constantinople. La Révolution de 1830 le surprend au milieu de ces incertitudes.

A Rome, un fils lui était né (février 18-21), puis une fille (mai 18-2-2). Virieu se marie en août 1822, et Lamartine prend plaiftir à voir se dérouler le cours égal et parallèle de leurs deux existences. Mais bientôt les deuils l'accablent; il perd son fils en décembre 1822; deux de ses sœurs, Mme de N'ignet et Mme de Montherot, meurent en 1824; en novembre 1829, sa mère, qu'il adorait, lui est enlevée par un cruel accident. Toutes ces tristesses retentissaient en lui profondément. D'ailleurs, une fois passée la période de joie et d'elfusioiis paisibles qui avait suivi son mariage, I habitude, un vague désenchan- 'lement, puis la résignation et l'ennui se substituaient insensiblement pour lui au bonheur. « J'ai la mélancolie de la première jeunesse, écrit-il à Virieu en 1827, et je n'ai plus cette vague espérance qui aide à la supporter; je vis enfin comme toi, je suis les tristes phases do l'existence qui vont toujours en se rembrunissant-. » (^est le passage, difficile, lent, si souvent accidenté, de la jeunesse à la maturité. La pensée du poète s'assombrit momentanément; mais elle sortira de ces^ nuages plus sereine. |)lus brillante que jamais.

La politique, à laquelle il était resté entièrement étranger jusqu'alors, commence à le préoccuper. Son métier de diplomate, qu'il exerce avec goût et habileté, lui apprend à mieux

1. Le château de Saint-Point, que Lamartine avait reçu de sa famille au moment de son mariage, n'est qu'à deux ou trois lieues de Millv.

2. Cf. lettre à Virieu du lo février i83o : a One ne fus plus dégoûté -d'une vie inutilement remuée. »

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