LA TRIBU NOMADE
C'étaient de vils objets où l'aHoriition
Profanait la pensée et la création :
Des plantes, des cailloux, des écorces bizarres,
Dn lit séché des flots des cocpiillaties rares ;
Tout ce qui séduit l'œil et fixe le reyard, i/55
Ce qu'accoii|)lg un vain songe ou présente un hasard ;
Du besoin d'adoref , d'espérer et de craindre
Vil assouvissement que l'homme aime à se feindre.
Chacun avait le sien aux autres préféré,
Qu'on troquait, qu'on vendait, qu'on brisait à son gré, i5o
A qui l'on prodiguait le respect ou l'insulte,
Selon que le hasard vériliail le culte.
C'était à qui d'eux tous adorerait le mieux.
Mais les esclaves seuls n'avaient jamais de dieux !
Leur main eût profané des idoles immondes ; i55
La malédiction leur fermait les deux mondes ;
Et sur les dieux volés si leur main s'étendait,
Sous mille bras levés la loi les lapidait.
Quand il eut du retour accompli les mystères,
Et rallumé le feu dans la ceii Ire des pères, i6o
Tout le pL'uple pasieur, à l'abri des méchants,
Sur les rives du lleu\e et sur les prés |)eiichants
Se répandit en paix, comme une ruche pleine
Se répand sur les Heurs autour d'une fontaine ;
Et ses jours s'écoulaient l'un à l'autre pareilsj i6ô
Et quelques vieillards seuls en comptaient les soleils.
i42. La pensée, en s attachant à des oh'cts inalcilcis ; la création, en s' adressant à des ctioses créées, au lieu de s adresser au Dieu unique, créateur de toutes choses.
i4G. Ce qu'accouple un vain sonfje. Certains de ces féticlies ont des formes monstrueuses, qui rappellent les visiois lantasliques des soniiRs.
1 !|8. Que t'koinme aime à se feindre. Malgré l excessive concision de la forme, le sens est clair : 1 homme aime à se donner 1 illusion que tous ces ohjel.-> sont des dieux, afin d'assoupir sur eux son besoin d adorer, d'espérer et de craindre.