Phayr. V. XLI, 67 (note
28. Fruits. Métaphore particulièrement fréquente dans la Chate d'un Ange. Cf. aussi X.V, SGij.
2i6 LA CHUTE DUN ANGE
Flairant si les barreaux qui captivent ses pas
Sous le poil de ses flancs ne s'élargiront pas,
Elle tourna longtemps autour de l'édilice,
Cliercliant avec les mains aux murs un interstice, 60
Se meurtrissant le sein aux an^fles du rocher,
Et de ses doigts saignants cherchant à s'accrocher ;
Mais I > murs à ses mains ne donnaient point de prise,
Ils ne laissaient filtrer dedans ni jour ni brise;
Et, comme ensevelie au bas d'un puits prolond, 5^
Chaque ellort pour monter la replongeait au fond.
Lasse enfin de tenter un efl'ort qui succombe,
La paix du désespoir descendit dans sa tombe;
Elle s'assit à terre, appuyée à sa tour:
« Mourir, dit-elle, ainsi! pour une nuit d'amour! 60
Oh ! oui, mourir cent fois ! Cédar, œil de mon âme!
Mourir cent fois ainsi, puisque je meurs sa femme!
Que mille tours de faim montent, croulent sur moi.
Avant que Daïdha rougisse d'être à toi ;
Avant que ma douleur se repente, ô ma vie, 5S
De ces deux fruits d'amour que leur haine m'envie!
Qu'ils exècrent ton nom, je l'adore au cercueil;
Mon supplice est ma foi, ma honle est mon orgueil!
Jusqu'au fond des enfers que ma tombe se creuse! '
Cédar, mourir pour toi, c'est encore être heureuse! 70
0 mort, que tardes-tu? Viens, viens nous réunir!
Comme des pas d'amant je t'écoule venir. »
Et puis, tout attentive, elle écoutait en elle
Si la soif de sa lèvre était bientôt mortelle;
Ou bien si de la faim la dernière langueur 7S
Ne se trahissait pas aux battements du cœur.
Mais, dans ces premiers temps d'une forte nature,
La sève de longs jours vivait sans nourriture;
Et la jeune victime, interrogeant en vain.
Ne ressentait encor ni la soif ni la faim ; ? /
Z17. Captivent: retiennent captifs. Cf. IV, i34.
57. I.a^se. Pour la constniclion, v. iV, 129 (note). — Succombe, Pour l'emploi (lu prcsrnt, v. X.I. 20 (noie).
68. Est ma foi: est rclfct et la preuve de ma foi. 78. La sève vivait : la vie dur;.it.
LA TÛLU DE LA FAH! ..;
Et, les sens soutenus de tendresse et d'aï innés. Elle mangeait son cœur et dévorait ses larmes.
Les étoiles du ciel, qui passaient lour à (nnr
Dans le morceau du ciel que laissait voir la lour,
La virent de là-haut, en traversant l'esp ce, s:,
Dans la même attitude et dans la mènie pl.ice,
Aux pierres de la lour les membres appuvés.
Les mains jointes tombant sur ses genoux plies.
Quand dans le blanc du ciel le jour revini éclore,
L'alouette en ipontant lui gazouilla l'aurore; 90
Une noire hirondelle au plumage d'nzur.
Rasant la haute tour, parut au bord du mur;
Aux blocs, en tournoyant, elle froissa son aile,
Et sur un plat rebord se plaça tout près d'elle.
Elle leva les mains : « Compatissant oiseau, g5
Qui descends pour me voir dans mon morne tombeau,
]Ne les as-tu pas vus, dis-moi, couchés par terre.
Comme des œufs brisés, mes deux petits sans mère)
Riaient-ils ? pleuraient-ils? me tendaient-ils les bras?
Ne vas-tu pas les voir quand tu remonteras? 100
N'as-tu pas vu, dis-moi, du bord où tu l'abreuve,
Le beau corps de Cédar roulé dans l'eau du fleuve?
Oh! dis-lui que je vais le rejoindre bientôt!
L'amour ne va-t-il pas plus \ile que le flot ?
Que tiens-tu dans ton bec, oiseau qui bois aux vagues? io5
Est-ce un brin de la mousse ? est-ce un cheveu des alorues?
Ou de son front flottant, dis-moi n'as-tu pas pris
Un de ses cbeveux dor pour coucher tes petils ?
Oh ! laisse-moi tomber ce fil c[ue je l'envie,
Un cheveu de sa tète ! un rayon de sa vie ! no
Un débris de sa mort, oiseau, laisse-le moi !
Je n'ai que ce cheveu, les forêts sont à toi !... »
Mais, sou geste et sa voix elTrayanl l'hirondelle.
L'oiseau vers le souuuet remonta d'un coup d'aile,