LA TOUR DE LA FALM
L'enceinte du rocher, qui montait à mesure,
De ses frères bientôt dépasser la ceinture,
Gomme un homme endormi qu'une vipère mord, i5
Elle bondit de terre avec un cri de mort;
Elle tendit ses bras tout chargés de prières
Aux femmes de Phayr,- assises près des pierres : • • >
«Oh! dit-elle, arrêtez, arrêtez un moment
Avant de refermer ce fatal monument. 20
0 ma mère ! ô mes sœurs ! ô frères de nia race I
A mes derniers soupirs accordez une grâce:
Laissez une fenêtre étroite à cette tour,
Non pour que dans ma niiit il entre un peu de jour,
J'ai honte du soleil et je hais la lumière ! a5
Mais pour que, si ma mort ne vient pas la première,
Je puisse voir encore et du sein allaiter
Mes fruits qui sur vos mains me viendront visiter,
Afin que de leur mort mon lait retarde l'heure.
Et qu'ils vivent du moins jusqu'à ce que je meure ! 3o
Oh! ne les sevrez pas du moins avant ma mort !
Oh ! pendant que leur coupe est pleine jusqu'au bord.
Laissez-moi juscju'au fond la leur répandie toute !
Qu'ils ne tombent de soif qu'à la dernière goutte!... »
Elle se tut, ses mains palpitaient : à ce cri, 35
Des mères de Phayr le cœur fut attendri ;
Le fruit qu'elles portaient s'émut dans leurs entrailles;
Elles firent laisser <me fente aux murailles,
Promirent d'apporter les enfants; et la tour
Monta de pierre en pierre et rétrécit le jour. 4o
La foule, en s'éloignant de la prison mortelle.
En malédiction se répandit sur elle.
Et Daïdha bientôt n'entendit d'antre bruit
Que le courant du fleuve et le vent de la nuit.
Semblable, en son instinct, à la biche sauvage, 45
Qui, les jours et les nuits, fait le tour de sa cage,