‹ Oevres choisiesChapitre 256 sur 288 · FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF · texte numérisé non relu

FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF

Précipité dans l'Oronte, Gédar, qu'on croyait nové, a pu se sauver contre tout espoir. Il accourt, de ses bras formidables démolit la Tour de la faim, en arrache Daïdiia el les enfants.

Ils s'enfuient. Les voilà errants à travers le monde. Ils atteignent les penles rocheuses du Carmcl, et là sont reçus par un anachorète, le vieillard Adonaï, qui habile une caverne au sommet de la montagne. Adonaï, prophMe du vrai Dieu, leur apprend à le connaître el à l'adorer. Il poss" de un livr« sacré, sorte d'Evangile primitif, dont il leur lit des passages. En voici quelques parties :

Le sage en sa pensée a dit un jour : « Pourquoi. ^ Si je suis fils de Dieu, le mal esl-il en moi''

An !'"•" '/''S Jiomeaux. V. l'argument, p. 244.

FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF ~2ol

« Si l'homme dut tomber, qui donc p évit sa chute?

« S'il doit être vaincu, qui donc permit Ja lulle ?

« Esl-il donc, ô douleur ! deux axes dans les deux. &

« Deux âmes dans mon sein, dans Jéliovah deux dieux ?

« Or l'esprit du Seigneur, qui dans notre nuit plonge.

Vit son doute et sourit ; et l'emportant en songe

Au point de 1 infini d'où le regard di\in

Volt les commencements, les milieux et la fin, lo-

Et, complétant les temps qui ne sont pas encore,

Du désordre apparent volt l'harmonie éclore :

« Regarde », lui-dit-11 ; et le sage éperdu

Vit l'horizon divin sous ses pieds étendu.

Par l'adtniration son âme anéantie i5

Se fondit ; par le tout il comprit la partie ;

La fin justifia la voie et le moyen ;

Ce qu'il appelait mal lut le souverain bien ;

La matière, où la mort germe dans la soulTrance,

?Se fut plus à ses yeux qu'une vaine apparence, ao

Un mode d'existence à l'autre contrasté.

Où la nature lulle avec la volonté,

Et d'où la liberté, qui pressent le mystère,

Prend, pour monter plus haut, son point d'appui sur terre.

Et le sage comprit que le mal n'était pas, , 2b

Et dans l'œuvre de Dieu ne se v(^il que d'en bas !

6. Ji^hovah. Nom hébreu de Dieu, qu'on peut être étonné de trouver ii. Pour l.aiii;ir*'ne. il est synonvnie rie Di ti unique. Cl'. XWIit, 43. Il (IcmiUtanl. Lo mot est Ipgi'rfiii.nl ilttdiir é de son sens.

31. I. uu.rf I es|)ril. — 'Montras é. Onili orlinairement : contrasté avci

32. I.a nature: la nécessité ; la vnloiili- le lilut- aibitre.

3'i. l.e niyslér- L'àme humaine orp-^sent, clés ici-bas, le mystère de sa d tince iuture.

^.•j2 la chute D'UN ANGE

« Ne renfermez pas Dieu dans clos prisons de pierres

Où son image habile et trompe vos |)anpières, "

De peur que vos enfants, en écartant leurs pas,

Disent : Il est ici, mais ailleurs il n'est pas! 3«

Ne cherchez pas des yeux dorivère le nuage,

Au fond du (irmament, celle mer sans rivage,

Quel est le ciel des cieux habité, plein de Dieu.

Il n'est pour Jévovah ni distance ni lieu :

Ce qui n'a point de corps ne connaît point d'espace ; 36

De ce qui remplit tout ne cherchez point la place,

Contemplez-le' par l'âme et non pas par vos yeux :

L'ignorer ou le voir, c'est I enfer ou les cieux.

« Trouvez Dieu : son idée est la raison de l'être,

Il n'a fait l'univers qu'alln de le connaître. 4o

a8. Paupières. V. XIII, 54 (note).

ag. En écartant leurs pas : se déloiirnanl de ces temples, dont la vue les aura rendus incrédulus Le propos qu ils tiennent : « Il est ici, mais ailleurï il n'est pas ! » est ironique.

36. Ce qui remplit tout Divers passages du « Livre primitif» firent attribuer à Lamartine des tend.Tnccs panlliPistiques. Il s en est énerj^iqiiement défendu dans le second Averiissement de la Chute d'an Anije « l)es critiques religieux et sincères croient voir en moi une lenflance croissante à matérialiser 1 idée de Dieu, h confondre le (Créateur et la création dans une vague et ténébreuse identité qui. en détruisant lindividualité suprême de Dieu et rindi\ idualité de I homine, anéanliniit à la fois rhouime et Difu, et ferait ainsi je ne siii.s quelle cbose semblable au chaos avant que la lumière y brillât et que le Verbe en eut sé[>aré les élcmi'nts. Ce serait pis que I athéisme, car ce serait nier Dieu en le proclamant , deux non-sens au lieu d'un ! Peut être quelques expressions métaphoriques et inexactes de mes ouvrages ontelles donné lieu à cette méprise sur mes opinions religieuses ; j'en serais profondément afUij^é. La langue vague et indéterminée de la poésie se prête mal a la rigueur des termes que doit (iréciser la métaphysique »

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