A M. FÉLIX GUILLEMARDET
Aux lèvres de leur fils sur leurs genoux gisant ; Le travail arrosant de sa sueur stérile Du sol ingrat et dur l'insatiable argile Qui boit la rosée et le sang ;
Et les vents de la mort, dont les fortes haleines V^ident dans le tombeau de grandes villes pleines, Et sèchent en trois jours trois générations ; Et ces grands secoûments de choses et d'idées, Qui font monter si haut en vagues débordées Les écumes des nations ;
Et ces exils qui font à tant d'enfants sans mères Des fleuves étrangers boire les eaux amères ; Et ces dégoûts d'esprits et ces langueurs du corps ; Et, devant ce tombeau que leur misère envie, Ces infirmes traînant sur les bords de la vie Le linceul de leurs longues morts :
Oui, j'ai trempé ma lèvre, homme, à toutes ces peines ; Les gouttes de ton sang ont coulé dans mes veines ; Mes mains ont essuyé sur mon front tous ces maux ; La douleur s'est faite homme en moi pour cette foule, Et, comme un océan où toute larme coule, Mon âme a bu toutes ces eaux !
109. Les vents de la mort. Les épidémies. Lamartine se souvenait du choléra de 1882.