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A NÉMÉSIS

Némésis était une gazette satirique hebdomadaire en vers, qui, pendant une année, du i"^"" mars i83i à la tin de février i832, ne cessa de lancer contre les monarchistes, orléanistes ou légitimistes, les sarcasmes les plus violents. L'auteur de ces vers bien trempés, bien rythmés, souvent spirituels, était le poète marseillais Barthélémy, qui s'était adjoint comme collaborateur son compatriote Méry. Le numéro du 3 juillet i83i contenait une satire pleine de verve et de méchanceté à l'adresse de Lamartine. C'était le moment des élections : le poète s'était présenté comme candidat à la députation dans trois départements, le Nord, le Var et la Saùne-et-Loire. Le pamphlétaire de Némésis le raille sur son sens pratique, lui reproche son ambition politique, lui demande ce qu'il a fait « pour la liberté », lui faisant grief à la fois de ses « hymnes dévotes » et de ses « vers courtisans pour les rois légitimes ».

Lamartine répliqua par l'ode suivante, écrite, dit-il, « dans la chaleur de la lutte, le jour même de l'élection » (0 juillet i83i).

Non, sous quelque drapeau que le barde se range, La muse sert sa gloire et non ses passions ! Non, je n'ai pas coupé les ailes de cet ange Pour l'atteler hurlant au char des factions !

1. Barde: poète, chanteur. Mot d'origine celtique, mis à la mode par les poèmes d'Ossian ; Lamartine l'emploie IVéqueiiiraent.

2. Sert. Ce Verhe n'a pas tout à fait le même sens avec ses deux compléments, gloire et passions.

a-3. .Muse, ange. Mélange du païen et du chrétien, fjui se poursuit jusqu'à la fin de la strophe.

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•SVn, je n'ai point couvert du masque populaire 5

Son front resplendissant des feux, du saint parvis, Ni pour fouetter et mordre, irritant sa colère. Changé ma muse en Ncmésis !

D'implacables serpents je ne l'ai point coifFée ; Je ne l'ai pas menée une verge à la main, - lo

Injuriant la gloire avec -le luth d'Orphée, Jeter des noms en proie au vulgaire inhumain. Prostituant ses vers aux clameurs de la rue, Je n'ai pas arraché la prêtresse au saint lieu ; A ses profanateurs je ne l'ai pas vendue, iS

Comme Sion vendit son Dieu !

Non, non : je l'ai conduite au fond des solitudes, *

Comme un amant jaloux d'une chaste beauté; J'ai gardé ses beaux pieds des atteintes trop rudes Dont la terre eût blessé leur tendre nudité ; ao

J'ai couronné son front d'étoiles immortelles, J'ai parfumé mon cœur pour lui faire un séjour, Et je n'ai rien laissé s'abriter sous ses ailes Que la prière et que l'amour !

L'or pur que sous mes pas semait sa main prospère aS

N'a point payé la vigne ou le champ du potier ;

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