‹ Oevres choisiesChapitre 43 sur 288 · I. Emile Faeraet, Etudes littéraires sur le XIX' siècle · texte numérisé non relu

I. Emile Faeraet, Etudes littéraires sur le XIX' siècle

LIV LAMARTLNE ; UCUVIŒS CllOISIliS

(le sa nature de poète, il se révèle capable d'animer des personnages, de les taire agir et parler, bref de conduire une action draniali((ue. Le plan du poème, malgré diverses défaillances \ est iiicii fait : l'action se développe avec sûreté, les effets sont habilement ménagés. Les parties de récit sont traitées avec un art supérieur, bien éloigné des froides gaucheries du Pèlerinage d'Harold; quelques passages atteignent au sublime. On peut penser ce qu'on voudra, au point de vue de la vraisemblance, de l'ordination de Jocelyn dans la prison de Grenoble : le récit est, d'un bout à l'autre, admirable de force, de grandeur, de pathétique ; il n'y a aucune exagération à dire qu'il fait songer à Polyeiicte. Les descriptions qui encadrent ou pénètrent les scènes principales du poème répondent au caractère général de l'œuvre : on y retrouve la luxuriante ampleur et parfois l'allure lyrique des descriptions des Harmonies, tempérée par la précision qui convient à la poésie narrative.

Ces nouveautés promettaient beaucoup. Que ne pouvait-on attendre d'un poète parvenu à la fois à une pareille maîtrise de son art et à une si sereine simplicité de sentiments et de pensée ? Sainte-Beuve s'est fait l'écho de ces espérances du public lettré : « Jocelyn, dit-il, était un début dans l'ordre des compositions ; bien que la fable n'en fût pas bien difficile à inventer, elle était touchante, elle prêtait aux plus riches qualités du poète, et l'induisait sans violence à des tons rajeunis. Malgré des incorrections de détail et des longueurs, l'essai était charmant; ce dut paraître un très heureux commencement pour les poèmes à venir, comme Hernani avait pu paraître, dans ses hasards, un heureux prélude pour des drames futurs 2. » Et Lamennais, exhortant le poète, lui indiquait en ces termes la route à suivre : « Vous avez enrichi notre langue d'une nouvelle et magnifique harmonie... Continuez voire œuvre, elle est trop belle pour être délaissée ; mais qu'en planant au-dessus de la terre, dans les hautes régions, votre génie ne perde pas de vue les choses d'ici-bas, les choses présentes, cette multitude immense d'hommes altérés du

1. Jocelyn se ressent des conditions dans lesquelles il a été composé et des remanicDients successifs qu'il a subis. Il y subsiste même, à côté d'inadvertances de détail, quelques incohérences assez fortes : c'est ainsi que Jocelyn visite en 1800 (Septième r.poque) la maison de ses parents, incendiée et détruite de fond en comble en 1793 (Deuxième Époque).

2. Portraits contemporains, t. 1, article sur les Recueillements (avril iSSg).

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