‹ Oevres choisiesChapitre 44 sur 288 · INTRODUCTION LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LV

vrai et du bien, qu'un puissant instinct pousse vers un but inconnu pour eux et dont la poitrine haletante aspire avec effort le souffle de l'avenir! Soyez aussi leur poète à eux *. »

Lamartine lui-même se sentait alors plein de confiance en son avenir poétique. Jocelyn avait répondu de façon victorieuse à ceux qui insinuaient que son talent mourrait « au seuil de la Chambre». Le domaine de l'art s'agrandissait sans cesse à ses yeux : poésie politique, philosophique, domestique et familière, il comprenait tout désormais et croyait pouvoir tout tenter. Dès 1834, au retour d'Orient, et tandis qu'il achevait Jocelyn, il avait repris, en l'élargissant encore, l'idée de ce poème universel qu'il méditait depuis 4821; il promettait 8 000 vers à V'irieu pour la fin de l'année et lui en annonçait 60 000 autres : « Nous aurons aussi nos poèmes indiens, infinis comme la nature, dont tout poème doit être la vaste et vivante réflexion. Xous n'avons eu jusqu'ici que des chambres obscures en fait de poésie. » Jocelyn fini, la Chute d'un Ange s'exécute en dix-huit mois. A cette poésie «c antédiluvienne, primitive, orientale », doit succéder lOuiTzer, « épopée populaire de la chaumière et du grenier », où il n'y aura plus de controverse religieuse ni politique, mais « sentiment tout pur et pathétique élémentaire par le pain et le sel ». Puis viendront les Pccheurs

Rien n'est plus pénible que de voir, à partir de Jocelyn, naître et s'accentuer la disproportion entre tant de beaux ou de généreux projets et leur exécution. Négligence hâtive, déplorable facilité à se satisfaire, composition lâche, tous les défauts que contenaient en germe quelques-unes des œuvres de .sa jeunesse, mais que rien maintenant ne corrige ou n'atténue, voilà ce que Lamartine va mettre au service d'une pensée poétique aussi vigoureuse que jamais. Transportant dans la poésie les habitudes de l'improvisation oratoire, il se contente de la première expression venue, trop souvent diffuse et plate, parfois inintelligible. Visiblement, en plus d'un passage, il ne s'est même pas relu. Les yeux fixés sur les poèmes qu'il rêve, et qu il n'écrira pas, le travail actuel lui pèse, et il ne songa qu'à l'expédier au plus vite, comptant sur l'avenir pour racheter les faiblesses du présent. « C'est détestable, mais indispensable à mon œuvre future », écrit-il tranquillement à Virieu à propos de la Chute d'un Ange, sans se rendre compte

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