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LX LAMARTINE ; OEUVRES CHOISIES

morceaux encore sont moins de la j)oésie, en effet, que de la parole, une parole abondante et chaleureuse, pressante ou persuasive, à demi improvisée. C'est que. de jour en jour, l'action remporte sur le rêve, la prose sur les vers, et que le lyrisme se noie dans l'éloquence : les discours ont remplacé les chants.

De l'ancienne inspiration, rêveuse, enthousiaste ou mystique, il ne reste plus trace; ou plutôt on dirait qu'elle s'est réfugiée dans les pages mélancoliques de la Préface, où l'on trouve comme en germe toute la littérature de souvenirs et d'autobiographie que Lamartine devait développer si copieusement dans les Confidences, les Nouvelles Confidences, le Cours familier de Littérature ei \es Mémoires inédits : « L'heure du chant, pour moi, c'est la fin de l'automne ; ce sont les derniers jours de l'année qui meurt dans les brouillards et dans les tristesses du vent.... A ce moment de l'année, je me lève bien avant le jour; cinq heures du matin n'ont pas encore sonné à l'horloge lente et rauque du clocher qui domine mon jardin, que j'ai quitté mon lit, fatigué de rêves, rallumé ma lampe de cuivre et mis le feu au sarment de vigne qui doit réchauffer ma veille.... J'ouvre ma fenêtre; je fais quelques pas sur le plancher vermoulu de mon balcon de bois. Je regarde le ciel et les noires dentelures de la montagne, qui se découpent nettes et aiguës sur le bleu pâle d'un firmament d'Iiiver, ou qui noient leurs cimes dans un lourd océan de brouillards ; quand il y a du vent, je vois courir les nuages sur les dernières étoiles qui brillent et disparaissent tour à tour comme des perles de l'abime que la vague recouvre et découvre dans ses ondulations. Les branches noires et dépouillées des noyers du cimetière se tordent et se plaignent sous la tourmente des airs, et l'orage nocturne ramasse et roule leurs tas de feuilles mortes, qui viennent bruire et bouillonner au pied de la tour comme de l'eau.

« A un tel spectacle, à une telle heure, dans un tel silence, au milieu de cette nature sympathique, de ces collines où l'on a grandi, où l'on doit vieillir, à dix pas .du tombeau où repose en nous attendant tout ce qu'on a le plus pleuré sur la terre, est-il possible que l'âme qui s'éveille et qui se trempe dans cet air des nuits n'éprouve pas un frisson universel, ne se mêle pas instantanément à toute cette magnifique confidence du firmament et des montagnes, des étoiles et des prés, du vent et des arbres, et qu'une rapide et bondissante pensée ne s'élance pas du cœur pour monter à ces étoiles, et de ces étoiles pour monter à Dieu?.... »

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