INTRODUCTION IX
le meilleur d'elle-même. Du milieu brillant et intellectuel où elle avait été élevée, Mme de Lamartine, après vSon mariage romanesque et les années troublées de la ■ Terreur, était passée sans transition à la vie provinciale, étroite et monotone de Milly. Elle avait un vit" attrait pour les belles choses : elle rêvait, devant son horizon borné, des grands spectacles de la mer et des montagnes; ejle eût aimé la richesse, un peu de faste; elle- aimait la gloire. Le Manuscrit de ma mère révèle à chaque page les élans, les désirs, les regrets d'une âme ardente et résignée, en qui la médiocrité de l'existence quotidienne n'a pu éteindre les premières flammes de l'imagination. La piété même était en elle effusion et passion, et comme le sentiment enthousiaste d'une présence divine toujours proche. De la même faron que d'autres donnent aux enfants, en face de la nature, des lerons de choses, elle donnait au.\ Mens des leçons de religion: elle savait leur montrer Dieu dans la splendeur dun jour d'été. Et l'on dirait que Lamartine, pour devenir un grand poète, n'ait eu qu'à prêter une voi.x aux émotions, aux penséesr aux prières qu'éveillaient confusément en elle la pureté de sa vie maternelle ou la douceur des horizons champêtres. Faut-il ajouter qu'à cette abondance et à cette fraîcheur-de sentiments, qui font d'elle comme une fille chrétienne de Rousseau, Mme de Lamartine mêlait infiniment de raison? Elle possédait ce bon sens généreux qui sait mettre au-dessus des plus séduisantes chimères du cœur ou de l'imagination la famille, le devoir, le, bonheur tranquille, et qui ne permet jamais au génie et à la passion même de s'égcirer entièrement hors des voies communes. Et sur ce point encore, son fils lui ressemble plus qu'on ne croirait.
A côté de cette douce influence maternelle s'exerçaitle pouv^oir moins aimable des oncles et des tantes. Aux frères aines du chevalier de Lamartine appartenait, avec l'autorité de l'âge, si forte encore à cette époque, l'autorité de la fortune. On compte èur leurs héritages pour établir les' enfants ; aussi faut-il les ménager. François.-Louis, l'ancien chevau léger, seigneur de Montceau, Jean-Baptiste-François, l'abbé, Marie- Gharlotte-Kugénie, qu'on appelle mademoiselle de Lamartine, la chaiioine.^se du V'illars forment une sorte de conseil de famille permanent, souvent tracassier, qui a la haute main gur tout. Lamartine, à vingt-cinq ans, ledr écrit encore des icttres de petit garçon. Il s'en e-;t vengé, non sans malice, par les portraits des JSovvelles Confidences, où les oncles et les tantes, avec leur générosité foncière et leurs légers ridicules, appa