‹ Oevres choisiesChapitre 52 sur 288 · L'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

L'ISOLEMENT

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,

Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :

Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire ; 35

Je ne demande rien à l'immense univers.

Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère,

Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,

Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,

Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux! do

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire; Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour. Et ce bien idéal que toute âme désire. Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, dâ

\'ague objet de mes vœux, m'élancer jusqu'à toi ! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore? Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie.

Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ; 5o

34. Déserts. Mot très fréquent (surtout au pluriel) dans la poésie de Lamartine, pour désigner une vaste étendue quelconque, en particulier les espaces célestes.

38. Le vrai soleil. Celui que nous voyons n'en est que l'image et l'apparence: conception platonicienne. Dans l'imagination du poète, le monde des a Idées » de Platon se conl'ond avec le Paradis clirclicn.

4o. Ce que j'ai tant rêvé. — Première rédaction: ce que j "ai tant pleuré. Le poète a atténué 1 expression, mais le sens est le même : je reverrais celle que j'ai perdue.

ûi. Cf. Du Bellay, l'Olive, sonnet CXIII :

La est le bien que tout esprit désire, La, le repos ou tout le monde aspire, La est 1 amour, la le plaisir encore.

La, o mon Ame, an plus lianlt ciel guidée. Tu y pourras recoijnoistre 1 Idcc De la beauté, qu'en ce inonde j'adore.

— Où: à laquelle, conformément à l'usage classique, d'après lequel cet adverbe remplace le pronom relatif précédé de diverses prépositions.

tib. Le char de l'Aurore. Image païenne, adaptée à 1 idée chrétienne d'une vie future, dont le séjour est le ciel.

^6. Vague ohjet : ce bien idéal, qui « n'a p.TS de nom n ici-bas

Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie: Emportez-moi comme elle, orageux aquilons!

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