‹ Oevres choisiesChapitre 53 sur 288 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Méditation dix-septième. A lord Byron. Tel est le titre sous lequel Lamartine adressait de Alilly, le 20 octobre 1819, ^ ^^^ ""^^ ^^ Viricu des fragments de ce poème, auquel il travaillait depuis plus d'un mois (v. Correspondance, t. II, pages 70 et 77). Gela avait, dit- il, trois cent cinquante vers. Le texte publié est sensiblement moins long; il a subi plus d'une retouche importante.

Lamartine ne connaissait Byron que par ses œuvres (a). Il avait lu, probablement dès i8i8(v. Correspondance. 1. 1, p. 34 1), dans un périodique suisse, l'd Bibliothèque universelle de Genève, quelques «fragments traduits » du Pèlerinage de Childe Harold, du Corsaire, de Lara, etc. ; peut-être avait-il lu aussi Manfred, qui n'était pas encore traduit, dans le texte anglais. Il a dit plus d'une fois la profonde émotion qu'il en avait ressentie. L'imagination déjà frappée par ce qu'on lui avait conté de « ce poète misanthrope, jeune, riche, élégant de figure, illustre de nom, déjà célèbre de génie, voyageant à son gré ou se fixant à son caprice dans les plus ravissantes contrées du globe, ayant des barques à lui sur les vagues, des chevaux sur les grèves, passant l'été sous les ombrages des Alpes, les hiVers sous les orangers de Pise », et qui lui « paraissait le plus favorisé des mortels », il trouva dans l'amère mélancolie de ses vers « un attrait de plus pour son cœur ». Il devint « ivre de cette poésie » et ne rêva que de l'égaler. Mais, en même temps, le scepticisme et le pessimisme de Byron l'ailligeaient et l'indignaient ; lui qui venait de traverser une crise aiguë de désenchantement et de doute (v. Introduction, p. xxv, et ci-dessous, le Désespoir) et qui en sortait régénéré, raffermi dans sa foi et dans ses espérances, il éprouva une peine réelle à voir un si grand génie glorifier avec complaisance le désespoir et l'impiété. Il écrivit l'Homme pour tenter de ramener Byron « à des idées un peu moins sataniques », en se donnant lui-même en exemple : prétention

5j. Aquilons, pour vents en général, spécialement vents violents. Métonymie usuelle chez Lamartine.

(a) Il est démontré qu'il n'avait pu l'apercevoir en Suisse ni en i8i5, selon le récit du Cours familier de Litléralare (t. II, p. 256 et suiv.), ni en i8ig, selon le récit du Commentaire de l' Homme : Bjron n'était en Suisse à aucune de ces deux dates. V. Edmond Estcve, Byron et te Romantisme français, p. 3i8 et suiv.

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plutôt naïve, qu'excusent seules l'excellence de l'intenlion et la sincérité dun enthousiasme resté juvénile.

Lamartine n'envoya d'ailleurs pas ses vers à Byron: Quand celui-ci apprit qu'il y était traité de «. chantre d'enfer », il en fut d'abord courroucé. On dit qu'il rendit plus tard justice aux. mérites du poète français ; mais ils n'entrèrent jamais en relations.

Nous donnons cetle pièce en raison de sa célébrité plus que de l'intérêt qu'elle présente en elle-même. Malgré la conviction très chaleu- 1 reuse qui l'anime, elle ne contient guère qu'une série d'amplifications I assez banales sur la petitesse et la faiblesse de l'homme, sur l'impossibi- | lité oiî il est de résoudre le problème de sa destinée, sur le devoir qu'il a i de se résigner à cette ignorance et de se soumettre humblement à son sort, en adorant son 'j'rréateur. II y a là comme un écho versifié des doctrines que Lamennais venait de développer dans son Essai sur l'Indifférence en matière de relujion et qui avaient vivement touché Lamartine (y. Christian Maréchal, Lamennais et Lamartine, p. 107 et suiv.). La seule originalité de Lamartine, c'est de faire de la raison la source même, ou tout au moins l'une des sources essentielles de la foi.

A Lord Byron.

Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom, rW*^'*^ -<,^

Esprit mystérieux, mortel, ange ou démon, ^ ^/'-fc'-'^^T^^

Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie, ./v^-î/*^^

J'aime de tes concerts la sauvage harmonie, /k-»a i^ '^^'^^*^2x»-^ 1

Gomme j'aime le bruit de la foudre et des vents ^^^^"ji^tJC^S^ /s^-"*^

Se mêlant dans l'orage à la voix des torrents !

La nuit est ton séjour, l'horreur est ton domaine :

L'aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine ;

2. Esprit mystérieux. C'est sous cet aspect que Byron, qui se plaisait à s'entourer de mystère et à se donner des allures bizarres et démoniaques, apparaissait à tout le monde aux environs de 1820. On voyait en lui un très grand génie, qu'on admirait, mais un génie pervers et ténébreux, qui décon- '■ certait le sens commun : il était vraiment l'énigme vivante que dépeint La- ' martine.

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