L'exilé d'Éden : Adam. V. Genèse. III, aB
I/IIOMMIi: 9
Et, s'arracliant du ciel dans un pénible CiTcrt,
Son œil avec effroi retomba sur son sort. ' 90
Maillon r à qui du fond de l'exil de la vie
Entendit ces .concerts d'un monde qu'il envie !
Du nectar idéal sitôt qu'elle a goûté,
La nalure répugne à la réalité ;
Dans le sein du possible en songe elle s'élance ; gS
Le réel est étroit, le possible est immense ;
L'âme avec ses désirs s'y bâtit un séjour
Où r*n puise à jamais la science et l'amour 5
Où, dans des océans de beauté, de lumière,
L'homme, altéré toujours, toujours se désaltère, 100
Et, de songes si beaux enivrant son sommeil,
Ne se reconnaît plus au moment du réveil.
Ilélas ! tel fut ton sort, telle est ma destinée.
J'ai vidé comme toi la coupe empoisonnée;
Mes yeux, comme les tiens, sans voir s<T sopt ouverts; io5
J'ai cherché vainement le mot de l'univers,
J ai demandé sa cause à toute la nalure,
J'ai demandé sa fin à toute créature ;
Dans l'abîme sans fond mon regard a plongé ;
De l'atome au soleil j'ai tout interrogé, n»
J'ai devancé les temps, j'ai remonté les âges :
Tantôt passant les mers pour écouter les sages,
Mais le monde à l'orgueil est un livre fermé !
Tantôt, pour deviner le monde inanimé.
Fuyant avec mon âme au sein de la nature, ii5
J'ai cru trouver un sens à celte langue obscure.
J'étudiai la loi par qui roulent les cieux ;
Dans leurs brillants déserts Newton guida mes yeux ;
89. S' arrachant. ' TPouT la construction, cf. IV, 12g (note).
io3. Ici commence une longue tirade très artificielle, où Lamartine s'attribue une série de démarches et d'attitudes imaginaires, et dont la principale inspiration doit probablement être cliercliée dans Manfred.ll est sensible que le poète se donne un rôle et joue au bjronisvne.
112. Passant les mers. Pure métaphore : m'adressant aux sages des pays lointains, par exemple à ceux de la Grèce.
117. Par qai. Emploi classique de qui avec la valeur d'un neutre.
118. Déserts. V. I, 34 (note). — Newton. L'illustre physicien et nstr.^-
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Des empires détruits je méditai la cendre ; Dans ses sacrés tombeaux Rome m'a vu descendre ; uo
Des mânes les plus saints troublant le iroid repos, J'ai pesé dans mes mains la cendre des héros : J'allais redemander à leur vaine poussière Celle immortalité que tout mortel espère. Que dis-je? suspendu sur le lit des mourants, 125
Mes regards la chercliaient dans des yeux expirants ; Sur ces sonitnets noircis par d'éternels nuages, Sur ces flots sillonnés par d'éternels orages, J'appelais, je bravais le choc des éléments. Semblable à la sibylle en ses emportements, i3o
J'ai cru que la nature, en ces rares spectacles, Laissait tomber pour nous quelqu'un de ses oracles : l'aimais à m'en foncer dans ces sombres horreurs. iMais en vain dans son calme, en vain dans ses fureurs, I Cherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre, i jr> 'j'ai vu partout un Dieu sans jamais le comprendre!
nome Isaac Newton (1642-1726), qui découvrit et démontra la loi de la gra- \'itation universelle. Lamartine nétudia jamais l'astronomie, mais la contemplation du ciel étoile fut toujours pour lui la source d émotions profondes et d'ardentes I méditations (v. ci-dessous, Vlll : la Prière, et XXVI : Vlnfini dans les deux).
119. Je méditai la cendre. Construction anormale: le verbe méditer, avec ce sens, est d'ordinaire intransitif.
ia3-i34. La première rédaction était plus claire :
J'allais interroger cette vaine poussière *
Sur l'immortalité que tout mortel espère.
— Cf. Byron, Manfred, acte II, se. ii : « Dans mes rêveries solîtaîres, je
descendais au fond des caveaux de la mort, peur étudier sa cause dans son
effet ; et de ces ossements blanchis, de ces crânes, de cette poussière amon-
. celée, j'osais tirer des conclusions criminelles. i>
127. Sur ces sommets... La suite des idées devient de nouveau difficile à
' saisir. Cela provient, comme au vers oi, d'une retouche maladroite du poète.
Dans l'ébauche communiquée par Lamartine à Virieu.il y avait après le vers:
Mes regards la cherchaient dans des yeux expirants, deux lignes de points qui tenaient la place d'un développement absent ; ce développement (de quatre vers au minimum) n'a pas été rétabli dans le texte définitif, et les points de suspension ont été remplacés par un siijiple point et virgule, qui dissimule mal la lacune.
i3o. .Semblable se rapporte à la nature. — La sibylle. On donnait le nom de sibylles, dans l'antiquité, à des prophéfesses qui rendaient leurs oracles dans un état de délire et de fureur qu'on attribuait à l'inspiration divine. La plus célèbre était la sibylle de Cumes ; v. XXIX, 55.
i35-i36. Surprendre, comprendre. Lamartine fait assez souvent rimer en-
L HOMME It
J'ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein,
Tomlior comme an hasard, échappés de son sein ;
J'ai VII partout le mal où le mieux pouvait être,
Et je l'ai blasphémé, ne pouvant le connaître ; i4
Et ma voix, se brisant contre ce ciel d'airain,
N'a pas même eu l'honneur d'irriter le destin.
Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune,
J'avais lassé le ciel d'une plainte importune.
Une clarté d'.en haut dans mon sein descendit, i/i5
Me tenta de bénir ce que j'avais maudit ;
El, cédant sans combattre au souille qui m'inspire,
L'hymne de la raison s'élança de ma lyre.
« Gloire à toi dans les temps et dans l'éternité.
Éternelle raison, suprême volonté ! i5o
Toi, dont l'immensité reconnaît la présence.
Toi, dont chaque matin annonce l'existence !
Ton souiïle créateur s'est abaissé sur moi ;
Celui qui n'était pas a paru devant toi !
J'ai reconnu ta voix avant de me connaître, ibb
Je me suis élancé jusqu'aux 'portes de l'Etre:
Me voici ! le néant te salue en naissant ;
Me voici ! mais que suis-je ? un atome pensant.
Qui peut entre novis deux mesurer la distance }
Moi, qui respire en toi ma rapide existence, i6»
semble deux composés de même famille ou de même terminaison. Cf. IX, 171-172: subsister, exister; XV, 4i-63; soupire, expire ; 211-212: ensemble, rassemble; XVIII, 9-10 : déifie, sacrifie; Sg-do : aspect, respect; XXXIV, 53-b4 : réserve, conserve ; etc.
i4o, Jei'ai blasphémé : j"ai blasphémé Dieu.
iliC). Me ienln de: m inspira le désir de. Ni ce sens ni cette construction du verbe tenter ne sont ordinaires : Lamartine étend Iinrdiiuent à la voit active un tour qui n'est usité dans la langue courante qu'avec le passif (être tenté de...).