‹ Oevres choisiesChapitre 68 sur 288 · Certaines: fixes, déterminées · texte numérisé non relu

Certaines: fixes, déterminées

Quand j'entendrais gémir et se briser la terre ; 85

Quand je verrais son globe errant et solitaire,

Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit,

Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit ;

Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres,

Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres, 90

Seul je serais debout: seul, malgré mon eflroi,

Être infaillible et bon, j'espérerais en toi,

Et, certain du retour de l'éternelle aurore,

Sur les mondes détruits je t'attendrais encore !

Souvent, tu t'en souviens, dans cet heureux séjour 93

Où naquit d'un regard notre immortel amour.

Tantôt sur les sommets de ces rochers antiques,

Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques.

Sur l'aile du désir, loin du monde emportés.

Je plongeais avec toi dans ces obscurités. 100

Les ombres, à longs plis descendant des montagnes,

Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes ;

Mais bientôt, s'avançant sans éclat et sans bruit,

Le chœur mvstérieux des astres de la nuit.

Nous rendant les objets voilés à notre vue, io5

De ses molles lueurs revêtait l'étendue.

Telle, en nos temples saints par le jour éclairés,

(^)uand les rayons du soir pâlissent par degrés,

La lampe, répandant sa pieuse lumière,

D'un jour plus recueilli remplit le sanctuaire. 110

Dans ton ivresse alors tu ramenais mes yeux Et des cieux à la terre et de la terre aux cieux :

g3. L'éternelle aurore répond à l'éternelle naît (y. 88).

95. Cet heureux séjour. Les monts de Savoie, à Aix-les-Bains et aux environs.

gg. Emportés, au pluriel : l'accord logique substitué à l'accord grammatical.

io3. Sans éclat, à cause de la lumière crépusculaire qui règne encore dans te ciel ; sans bruit, à cause du silence qui enveloppe la campagne à cette heure.

Page 1