‹ Oevres choisiesChapitre 69 sur 288 · Nous rendant répond exactement à dérobaient (v. loa · texte numérisé non relu

Nous rendant répond exactement à dérobaient (v. loa

106. Molles. Epithète familière à Lamartine pour peindre la lumière do la lune et des astres nocturnes.

2i MÉDITATIONS POÉTIQUES

K Dieu caché, disais-tu, la nature est ton temple !

L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple ; ■

De les perfections, qu'il cherche à concevoir, ii5

Ce monde est le reflet, l'image, le miroir ;

Le jour est ton regard, la beauté ton sourire;

Partout le cœur t'adore et l'âme te respire ;

Eternel, inûni', tout-puissant et tout bon.

Ces vastes attributs n'achèvent pas ton nom ; lao

Et l'esprit, accablé sous ta sublime essence,

Célèbre ta grandeur jusque dans son silence.

Et cependant, ô Dieu ! par sa sublime loi,

Cet esprit abattu s'élance encore à toi,

Et, sentant que l'amour est la fin de son être, izS

Impatient d'aimer, brûle de te connaître. »

Tu disais ; et nos cœurs unissaient leurs soupirs

Vers cet être inconnu qu'attestaient nos désirs :

A genoux devant lui, l'aimant dans ses ouvrages,

Et l'aurore et le soir lui portaient nos hommages, i3o

Et nos yeux enivrés contemplaient tour à tour

La terre notre exil, et le ciel son séjour.

Ah ! si dans ces instants où l'âme fugitive

S'élance et veut briser le sein qui la captive.

Ce Dieu, du haut du ciel répondant à nos vœux, i '>

D'un trait libérateur nous eût frappés tous deux,

lao-iai. Attributs, essence. Terminologie métaphysique, qui surprend dans la bouche d'Elvire.

123. Par sa sublime loi. En vertu de sa loi sublime, qui est d'aimer, 1 "esprit aspire obstinémentà connaître le seul Être complètement digne d'amour.

i2lt. A toi : vers toi, mais non jusqu'à toi. V. XII, 4 (note).

ia8. Qu'attestaient. — i" version : que cherchaient.

129. L'aimant. Construction très irrcgulièrc, particulière à Lamartine. On trouve souvent dans ses vers des adjectifs ou des participes se r.ipporSant à une personne qui n'est représentée dans la proposition que par un adjectif possessif (ici nous, représenté par nos hommages). Cf. II, 89, liy ; VIII, ,79-»i; IX, 59; XV, î8. 328; XVIII, 29 ; XXXI, 3o ; XXXVI, aS ; XXXVII, 84; XLII. 57; etc.

iSa. Notre exil. Cf. I, 67.

i33. Fu'/itive: cherchant à fuir.

i34. Captive: retient captive. Cf. XLII, 47. L'emploi de ce verbe au sens propre est un véritable archaïsme. Rapprocher Corneille, Médée, v. 1220:

Cessez, indignes fers, de captiver un roi ; La Fontaine, Cunies, II, x, 8 : il captivait sa fumme ; etc.

Nos âmes, d'un seul bond remontant Aers leur source, I Ensemble aui'aient franchi les mondes dans leur course; iA travers l'infini, sur l'aile de l'amour.

Elles auraient monlé comme un rayon du jour, i^o

Et, jusqu'à Dieu lui-même arrivant éperdues, * i»/ tt» j-^-** **"*/»*/»

Se seraient dans son sein pour jamais confondues ! ig^iM^ -t-«-**\

Ces vœux nous trompaient-ils? Au néant destinés, -'^'^

Est-ce pour le néant que nos êtres sont nés ?

Partageant le destin du corps qui la recèle, i^i5

Dans la nuit du tombeau l'âme s'en^loutit-elle?

ïombe-t-elle en poussière? ou, prête à s'envoler.

Gomme un son qui n'est plus va-t-elle s'exhalçr?

Après un vain soupir, après l'adieu suprême,

De tout ce qui t'aimait n'est-il plus rien qui t'aime? iT >

Ah ! sur ce grand secret n'interroge que toi î

Vois mourir ce qui t'aime, Elvire, et réponds-moi !

i48. Eatendez : va-t-elle s évanouir dans l'air, à la manière d'un son qui meurt ? Cf. X, 3 1 -3 2 : ^

... et mon âme, au moment qu'elle expire, - S'exhale comme un son triste et mélodieux.

i5l. N'interroge que loi : ne raisonne pas, écoute ta conscience, ton instinct.

iD2. Ce qui l'aime. On peut entendre: moi qui t'aime ; ou, d'une manière générale : qui que ce soit qui t'aime. Le spectacle d'une telle mort obligera Elvire à croire à l'immortalité de l'àme : le dernier mot reste, et doit rester au sentiment. — Dans la première version de cette pièce, qui avait •

un caractère tout intime et n'était pas destinée au public, Elvire était nommée dès le début (v. 2) sous son vrai nom de Julie ; de même au v. 45. La fin différait : après le v. i44 :

Est-ce pour le néant que les êtres sont nés ?

lisait :

Non, cet Être parfait, suprême Intelligence,

A des êtres sans but n'eût pas donné naissance;

Non, ce but est caclié, mais il doit s'accomplir.

Et ce qui peut aimer n'est pas né pour mourir !.,.

— Et cependant, jeté dans les déserts du monde, L'homme, pour s'éclairer dans cette nuit profonde. N'a qu'un jour incertain, qu'un ilambeau vacillant Qui perce à peine l'ombre et meurt au moindre vent. Et, tel qu'aux sombres bords l'ombre des Danaïdes S efforce- de remplir des urnes toujours vides. Poussé par son esprit, 'tourmenté par son cneur, L'un cherche la lumière, et lautre le bonheur; L'un, sans cesse entouré de nuages funèbres, Creusant autour de soi ne trouve que ténèbres.

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