‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 11 sur 160 · LIVRE IV. s · texte numérisé non relu

LIVRE IV. s

ne l'intéressent pas plus que leurs exemples: tout cela n est point fait pour lui. Ce n'est pas une erreur artificieuse qu'on lui donne par cette méthode, c'est l'ignorance de la nature. Le temps vient où la même nature prend soin d'éclairer son élève; et c'est alors seulement qu'elle l'a mis en état de profiter sans risque des leçons qu'elle lui donne. Voilà le principe : le détail des régies n'est pas de mon sujet ; et les moyens que je propose en vue d'autres objets servent encore d'exemple pour celui-ci. '

Voulez-vous mettre Tordre et la régie dans les passions naissantes, étendez l'espace durant lequel elles se développent ,, afin qu'elles aient le temps* de s'arranger à mesure qu'elles naissent. Alors ce n'est pas l'homme qui les ordonne, c'est la nature elle-même, votre soin n'est que de la laisser arranger son travail. Si votre élève étoit seul , vous n'auriez rien à faire ; mais tout ce qui l'environne enflamme son imagination. Le torrent des préjugés l'entraîne : pour le retenir il faut le pousser en sens contraire. Il faut que le sentiment enchaîne l'imagination, et que la raison fasse taire l'opinion des hommes. La souiœe de toutes les passions est la sensibilité, l'imagination détermine leur pente. Tout être qui sent ses rapports doit être affecté quand ces rapports s'altèrent , et qu'il en imagine ou qu'il en croit imaginer

a4 EMILE,

de plus convenables à sa nature. Ce sont les erreurs de l'imagination qui transforment en vices les pas* sions de tous les êtres bornés, même des anges , s'ils en ont ' : car il faudroit qu'ils connussent la nature de tous les êtres , pour savoir quels rap* ports conviennent le mieux à la leur,

Voici donc le sommaire de toute la sagesse humaine dans l'usage des passions : i ° sentir les vrais rapports de l'homme tant dans l'espèce que dans l'individu; 2° ordonner toutes les affections de lame selon ces rapports. * •

Mais l'homme est-il maître d'ordonner ses affections selon tels ou tels rapports? Sans doute, s'il est maître de diriger son imagination sur tel ou tel objet, ou de lui donner telle ou telle habitude. D'ailleurs il s'agit moins ici de cç qu'un homme peut faire sur lui-même que de ce que nous pouvons faire sur notre élève pqr le choix des circonstances où nous le plaçons. Exposer les moyens propres à le maintenir dans Tordre de la nature, c'est dire assez comment il en peut sortir.

Tant. que sa sensibilité reste bornée à son individu, il n'y a rien de moral dans ses actions; ce

1 * Variante : s'il y en a. Telle est en effet la le£on du manuscrit autographe. On peut croire que l'auteur fut forcé d'y substituer, s ils en ont 9 dans les premières éditions ; mais puisque cette dernière leçon se retrouve dans l'édition de Genève , il est vraisemblable qn'il s'est décidé à la laisser subsister dans le texte , préfcrablement à la première.

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