LIVRE IV. i
ce quelqti un-là. N'y -eût-il dans tout l'univers qu'un seul homme à qui Ton n'auroit jamais prêché Jésus- Christ, l'objection seroit aussi forte pour ce seul homme que pour le quart dû genre humain.
Quand les ministres de l'Évangile se sont fait entendre aux peuples éloignés, que leur ont-ils dit qu'on pût raisonnablement admettre sur leur parole, et qui ne demandât pas la plus exacte vérification? Vous m'annoncez un Dieu né et mort, il y a deux mille ans y à l'autre extrémité du monde, dans je ne sais quelle petite Ville, et vous me dites que tous ceux qui n'auront point cru à ce mystère seront damnés. Voilà des choses bien étranges pour les croire si vite s,ur * la seule autorité d'un homme que je ne connois point! Pourquoi votre Dieu a*t41 fait arriver si loin de moi les événements dont il vouloit m obliger d'être instruit? Est-ce un crime d'ignorer ce qui se passe aux antipodes?. Puis-je deviner qu'il y a eu dans un autre hémisphère un peuple hébreu etunevillede Jérusalem? Autant Vaudrait m obliger de savoir ce qui se fait dans la lune. Vous venez , dites-vous, me l'apprendre; mais pourquoi n'êtes-vous pas venu l'apprendre à mon père? ou pourquoi damnez-vous ce bon vieillard pour n'en avoir jamais rien su? Doit-il être éternellement puni de votre paresse, lui qui étoit si bon, si bienfaisant, et qui ne cherchoit
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que la vérité? Soyez de bonne foi, puis mettezvous à ma place : voyez si je dois , sur votre seul témoignage, croire toutes les choses incroyables que vous me dites, et concilier tant d'injustices avec le Dieu juste que vous m annoncez. Laissezmoi , de grâce, aller voir ce pays lointain où s'opérèrent tant de merveilles inouïes dans celui-ci ' ; que j aille savoir pourquoi les habitants de cette Jérusalem ont traité Dieu comme un brigand. Ils ne 1 ont pas , dites-vous , reconnu pour Dieu. Que ferai-je donc, moi qui n'en ai jamais entendu parler que par vous? Vous ajoutez qu'ils ont été punis, dispersés, opprimés , asservis, qu'aucun d'eux n'approche plus de la même ville. Assurément ils ont bien mérité tout cela ; mais les habitants d'aujourd'hui, que disent-ils du déicide de leurs prédécesseurs? Ils le nient, ils ne reconnoissent pas non plus Dieu pour Dieu. Autant valoit flonc laisser les enfants des autFes.
Quoi ! dans cette même ville où Dieu est mort, les anciens ni les nouveaux habitants ne l'ont point reconnu , et vous voulez que je le reconnoisse , moi
1 * Var. * .... Aller voir ce merveilleux pays où les vierges accou- « chent, où les dieux naissent, mangent, souffrent et meurent; que «j'aille... » — Même observation sur cette variante que sur la précédente. Elle existe en effet dans le manuscrit autographe, mais raturée par Fauteur, qui l'a remplacée par une leçon nouvelle, telle qu'elle est ici, et telle quelle se trouve dans toutes les éditions antérieures à celle de 1801.