‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 111 sur 160 · LIVRE IV. a · texte numérisé non relu

LIVRE IV. a

qui suis né deux mille ans après à deux mille lieues de là! Ne voyez-vous pas qu'avant que j'ajoute foi à ce livre que vous appelez sacré, et auquel je ne comprends rien , je dois savoir par d'autres que vous quand et par qui il a été fait , comment il s'est conservé, comment il vous est parvenu, ce que disent dans le pays , pour leurs raisons , ceux qui le rejettent, quoiqu'ils sachent aussi-bien que vous tout ce que vous m'apprenez? Vous sentez bien qu'il faut nécessairement que j'aille en Europe, en Asie, en Palestine , examiner tout par moi-même : il faudroit que je fusse fou pour vous écouter avant ce temps-là.

Non seulement ce discours me paroît raisonnable, mais je soutiens que tout homme sensé doit, en pareil cas, parler ainsi, et renvoyer bien loin le missionnaire qui, avant la vérification des « preuves, veut se dépêcher de l'instruire et de le baptiser. Or, je soutiens qu'il n'y a pas de révélation contre laquelle les mêmes objections ou d'au- » très équivalentes n'aient autant et plus de force que contre le christianisme '. D'où il suit que s'il n'y a qu'une religion véritable, et que tout homme soit obligé de la suivre sous peine de damnation, il faut passer sa vie à les étudier toutes , à les ap-

1 * Il est à remarquer que ces mots, ou d'autres équivalentes, ne * sont ni dans le manuscrit autographe, ni dans aucune des éditions antérieures à l'édition de Genève.

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profoxidir , à les comparer, à parcourir les pays où elles sont établies. Nul n'est exempt du premier devoir de l'homme, nul na droit de se fier au jugement d'autrui. L'artisan qui ne vit que de son travail, le laboureur qui ne sait pas lire, la jeune fille délicate et timide, Fin firme qui peut à peine sortir de son lit* tous, sans exception, doivent étudier, méditer, disputer, voyager, parcourir le monde : il n'y aura plus de peuple fixe et stable; la terre entière ne sera couverte que de pèlerins allant à grands frais, et avec de longues fatigues, vérifier, comparer, examiner par euxmêmes les cultes divers qu'on y suit. Alors, adieu les métiers, les arts, lç* sciences humaines, et toutes les occupations civiles : il ne ?peut plus y avoir d'autre étude que celle de la religion : à . grand peine celui qui aura joui de la santé la plus robuste, le mieux employé son temps, le mieux usé «de sa raison, vécu le plus d'années, saura-t-il dans sa vieillesse à quoi s'en tenir ; et ce sera beaucoup s'il apprend avant sa mort dans quel culte il « auroit dû vivre.

Voulez-vous mkiger cette méthode , et donner la moindre prise à l'autorité des hommes: à l'instant vous lui rendez tout ; et si le fils d'un chrétien fait bien de suivre sans un examen profond et impartial , la religion de son père , pourquoi le fils d'un Turc feroit-il mal de suivre de même la

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