‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 112 sur 160 · LIVRE IV. a · texte numérisé non relu

LIVRE IV. a

religion du sien 1 ? Je défie tous les intolérants <te répondre à cela rien qui contente un homme sensé»

Pressés par ces raisons-, les uns aiment mieux faire Dieu injuste, et punir les innocents du pé* ché de leur père, que de renoncer à leur barbare dogme. Les autres se tirent d'affaire en envoyant obligeamment un ange instruire quiconque, dans une ignorance invincible, auroit vécu morale^ ment bien. La belle invention que cet ange! Non contents de nous asservir à leurs machines, ils mettent Dieu lui-même dans la nécessité d'en em* ployer.

Voyez , mon fils , à quelle absurdité mènent loiv gueil et l'intolérance, quand chacun ve«t abeo* der dans son sens , et croire- avoir raison exclusivement au reste du genre humain. Je prends à témoin ce Dieu de paix que j'adore et que je vous annonce, que toutes mes recherches ont été sincères; mais yoyant qu'elles étoient, qu'elles serôietit toujours sans succès,- et que je m'abîmoîs dans un odéan sans rives , je suis revenu sur mes pas , et j'ai resserré ma foi dans mes irotJbns primitives. Je n'ai jamais pu croire que Dieu mW-

' * Vab. « .... la religion du sien? Combien d'hommes sont à Rome m très bons catholiques,, qui, par la même raison, seroient très bons « musulmans s'ils fussent nés à la Mecque! et réciproquement, que « d'honnêtes gens sont très bons turcs en Asie, qui seroient 'très bons « chrétiens parmi nous ! »

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a38 EMILE,

donnât , sous peine de l'enfer, d être si savant. J ai donc refermé tous le» livres» Il en est un seuLouvert à tous les yeux, c'«st celui de la nature. C'est dans ce grand et*sublime livre que j'apprends à servir et adorer son divin auteur. Nul n'est excusable de n'y pas lire , parcequ'il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serois né dans une île déserte, quand je n'aurois point vu d'autre homme que moi, quand je n'aurois jamais appris ce qui s'est fait anciennement dans un coin du monde; si j'exerce ma raison, si je la cultive, si j'use bien des facultés immédiates que Dieu me donne, j'apprendrai de moi-même à le connoître, à l'aimer, à aimer ses œuvres, à vouloir le bien qu'il veut, et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus?

A l'égard de la révélation , si j'étois meilleur raisonneur ou mieux instruit, peut-être sentirois-je sa vérité, son utilité pour ceux qui ont le bonheur de la reroimoître; mais si je vois en sa faveur des preuves que je ne puis combattre, je vois aussi contre elle des objections que je'ne puis résoudre. Il y a tant de raisons solides pour et contre, que, ne sachant à quoi me déterminer, je ne l'admets ni ne la rejette; je rejette seulement l'obligation de la reconnoître , parcequé cette obligation prétendue

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