LIVRE IV. a
un à soi. L orgueilleuse philosophie mène à l'esprit fort, comme l'aveugle dévotion mène au fanatisme. Évitez ces extrémités ; restez toujours ferme dans la voie de la vérité, ou de ce qui vous paraîtra l'être dans la simplicité de votre cœur, sans jamais vous en détourner par vanité ni par foiblesse. Osez confesser Dieu chez les philosophes; osez prêcher l'humanité aux intolérants. Vous se-
religion ne le fasse encore mieux, et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne sauroit faire.
Par la pratique, c'est autre chose; mais encore faut-il examiner. Nul homme ne suit de tout point sa religion quand il en a une; cela est vrai : la plupart n'en ont guère, et ne suivent point du tout celle qu'ils ont; cela est encore vrai : mais enfin quelques-uns en ont une, ' la suivent du moins en partie ; et il est indubitable que des motifs de religion les empêchent souvent de mal faire, et obtiennent d'eux des vertus, des actions louables, qui n'auroient point eu lieu sans ces motifs.
Qu'un moine nie un dépôt; que s'ensuit-il, sinon qu'un sot le lui avoit confié? Si Pascal en eût nié un, cela prouveroit que Pascal étoit un hypocrite, et rien de plus. Mais un moine!... Les gens qui font trafic de la religion sont-ils donc ceux qui en ont? Tous les crimes qui se font dans le clergé, comme ailleurs, ne prouvent point que la religion soit inutile, mais que très peu de gens ont de la religion.
Nos gouvernements modernes doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes; il les a rendus eux-mêmes moins sanguinaires: cela se prouve par le fait en les comparant aux gouvernements anciens. La religion mieux connue, écartant le fanatisme, a donné plus de douceur aux mœurs chrétiennes. Ce changement n'est point l'ouvrage des lettres; car, par-tout où elles ont brillé, l'humanité n'en a pas été plus respectée; les cruautés des Athéniens T des Egyptiens, des empereurs de Rome, des Chinois, en font foi. Que d'œuvres de mi-
rez seul de votre parti , peut-être ; mais vous porterez en vous-même un témoignage qui vous dispensera de ceux des hommes. Qu'ils vous aiment ou vous haïssent, qu'ils lisent ou méprisent vos écrits, il n'importe. Dites ce qui est vrai , feites ce qui est bien ; ce qui importe à l'homme est de remplir ses devoirs sur la terre ; et c'est en s'ouWiant qu'on travaille pour soi. Mon enfant, l'intérêt particulier nous trompe; il n'y a que l'espoir du justç qui ne trompe point.
séricorde font l'ouvrage, de l'Évangile! Que de restitutions, de réparations, la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques! -Chez nous combien les approches des temps de communion n opèrent-elles point de réconciliations et d'aumônes! Combien le jubilé des Hébreux ne rendoit-il pas les usurpateurs moins avides ! Que de misères ne prévenoit-il pas! La fraternité légale unissoit toute la nation ; on ne voyoit pas un mendiant chez eux. On n'en voit point non plus chez les Turcs, où les fondations pieuses sont innombrables : ils sont, par principe de religion, hospitaliers, même envers les ennemis de leur culte.
« Les mahométans disent, selon Chardin, qu'après l'examen qui « suivra-la résurrection universelle, tous les corps iront passer un pont « appelé Poul-Serrho, qui est jeté sur le feu éternel, pont qu'on peut m appeler, disent-ils, le troisième et dernier examen et le vrai juge- « ment final, parceque c'est là où se fera la séparation des bons d'avec m les méchants.... etc.
« Les Persans, poursuit Chardin, sont fort infatués de ce pont; «et lorsque quelqu'un souffre une injure dont, par aucune voie ni « dans aucun temps, il ne peut avoir raison, sa dernière consolation" •c est de dire : Eh bien ! par le Dieupivant, tu me le paieras au double « au dernier jour; tu ne passeras point le Poul-Serrho que tu ne me « satisfasses auparavant; je m'attacherai au bord de ta veste et me jet- « terai à tes jambes. J'ai vu beaucoup de gens émineixts, et de toute*