‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 119 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

J ai transcrit cet écrit , non comme une régie des sentiments qu'on doit suivre en matière de religion , mais comme un exemple de la manière dont on peut raisonner avec son élèvç, pour ne point s écarter de la méthode que j ai tâché Rétablir. Tant qu'on ne donne rien à l'autorité des hom» mes, ni aux préjugés du pays où l'on est né, les seules lumières de la raison ne peuvent, dans l'institution de la nature, nous mener plus loin que la religion naturelle; et c'est £ quoi je me borne

« sortes de professions, qui, appréhendant qu'on ne criât ainsi haro « sur eux au passage de ce pont redoutable, sollicitaient ceux qui se « plaignoient d'eux de leur pardonner : cela m'est arrivé cent fois à « moi-même. Des gens de qualité, qui m' a voient fait faire, par im- « portunité , des démarches autrement que je n'eusse voulu , m'abor- « doient au bout de quelque temps qu'ils pensoient que le chagrin « en était passé, et me disoient : Je te prie, halal becon antchisra, « c'est-à-dire rends-moi cette affaire licite ou juste. Quelques-uns * même m'ont fait des présents et rendu des services, afin que je leur « pardonnasse en déclarant que je le faisois de bon cœur : de quoi « !a cause n'est autre que cette créance qu'on ne passera point le « pont de fenfer qu'on n'ait rendu le dernier quatrain à ceux qu'on « a oppressés. » Tome vu, in-12, page 5o.

Croirai-je que l'idée de ce pont qui répare tant d'iniquités n'en prévient jamais? Que si Ton ôtoit aux Persans cette idée, en leur persuadant qu'il n'y a ni Poul~8errho , ni rien de semblable, où les opprimés soient vengés de leurs tyrans après la mort, n'est-il pas clair que cela mettroit ceux-ci fort à leur aise, et les délivreroit du soin d'apaiser ces malheureux ? Il est donc faux que cette doctrine ne fui pas nuisible ; elle ne serôit donc pas la vérité.

Philosophe, tes lois morales sont fort belles; mais montre-m'en, de çrace , la sanction. Cesse un moment de battre la campagne , et • dis-moi nettement ce que tu mets à la place du Poul-Serrho.

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avec mon Emile. S'il en doit avoir une autre, je n ai plus en cela le droit d être son guide; c çst à lui seul de la choisir.

Nous travaillons de concert avec la nature, et tandis qu'elle forme l'homme physique, nous tâchons de former l'homme moral ; mais nos progrès ne sont pas les mêmes.. Le corps est déjà robuste et fort, que lame est encore languissante et foible ; et quoi que Fart humain puisse faire, le tempérament précède toujours la raison. C'est à retenir l'un et à exciter l'autre, que nous avons jusqu'ici donné tous nos soins, afin que l'homme fût toujours un, le plus qu'il étoit possible. En développant le naturel, nous avons donné le change à sa sensibilité naissante; nous l'avons réglé en cultivant la raison. Les objets intellectuels modéraient l'impression des objets sensibles. En remontant au principe des choses, nous l'avons soustrait à l'empire des sens; il étoit simple de s'élever de l'étude de la nature à la recherche de son auteur.

Quand nous en sommes venus là, quelles nouvelles prises nous nous sommes données sur notre élève! que de nouveaux moyens nous avons de parler à son cœur! C'est alors seulement qu'il trouve son véritable intérêt à être bon , à faire le bien loin des regards des hommes, et sans y être forcé par les lois, à être juste entre Dieu et lui, à

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