LIVRE IV
timents à ce qu'il doit rechercher ou fuir. Il feut que je sois le plus maladroit des hommes, si je ue le rends d'avance passionné sans savoir de qui. Il n'importe que l'objet que je lui peindrai soit ànar ginaire, il suffit qu'il le dégoûte de oeux qui poudroient le tenter, il suffit qu'il trouve partout des comparaisons qui lui fassent préférer sa chimère, aux objets réels qui le frapperont: et qu'est-ce que Je véritable «pnour lui-même, si ce n est chimère, mensonge, illusion? On aime bien plus limage qu'on se fait que l'objet auquel on l'appliqua. Si l'on voyoit ce qu'on aime exactement tel qu'il est , il n'y auroit plus d'amour sur la terre. Quand on cesse d'aimer, la personne quqn aimo*t regtç la môme qu'auparavant, mais ou jie la voit plus la même ; le wile du prestige tombe , et l'amour s'évanôuit. Qr, en ftmrnissant l'objet imaginaire, je suip len^aître des comparaisons, et j'empêche aisément l'illusion des objets réels.
Je ne yeu* pas pour cela qu'on trompe un jptjne honujie en lui peignant un modèle de perfection qui ne puisse exister; mais je choisirai tellement tes défauts de sa maîtresse, qu'ils lui conviennent, qu'ils lui plaisent, et qu'ils* servent à corriger les siens. Je ne yetix pas non plus qu'on l#i mente , en affirmant faussement que l'objet qu'on lui peint existe; mais s'il se complaît à H-, mage, il lui souhaitera bientôt un original. Du
souhait à la supposition, le trajet est facile; cWt l'affaire de quelques descriptions adroites, qui, sous des traits phis sensibles , donneront à cet objet imaginaire un plus grand air de vérité. Je voudrois aller jusqu'à le nommer; je dirois en riant: Appelons Sophie votre Future maîtresse: Sophie est un nom de bon augure: si celle que vous choisirez ne le porte pas, elle sera digne au moins de le porter; nous pouvons lui en faire honneur d'avance. Après tous ces détails, si, sans affirmer *, sans nier, on s'échappe par des défaites, ses soupçons se changeront en certitude; il croira qu'on lui Fait mystère de l'épouse qu'on lui destine , et qu'il la verra quand il sera temps. S'il en est une fois là , et qu'on ait bien choisi les traits qu'il faut lui montrer, tout le reste est facile ; on peut l'exposer dans le monde presque saais risque : défendez-le seulement de ses sens ; son cœur est en sûreté.
Mais, soit qu'il personnifie ou non le modèle que j'aurai su lui rendre aimable, ce modèle, s'il est bien fait, ne l'attachera pas moins à tout ce qui lui ressemble, et ne lui donnera pas moins d'éloignèment pour tout ce qui ne lui ressemble pas, qtie s'il avoit un objet réel. Quel avantage pour préserver son cœur des dangers auxquels sa personne doit être exposée , pour réprimer ses
1 * Var. « ...Ces détails, si sur ses questions, sans affirmer.... »