‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 133 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

accusera -t- on les femmes 4 de Paris d'avoir 1 air gauche, embarrassé, et d'ignorer l'usage du monde pour n'y avoir pas été mises dès leur enfance? Ce préjugé vient des gens du monde eux-mêmes, qui, ne connoissant rien de plus important que cette petite sdence, s'imaginent faussement qu'on rie peut s'y prendre de trop bonne heure pour l'acquérir.

Il est vrai qu'il ne faut pas non plus trop attendre. Quiconque a passé toute sa jeunesae loin du grand monde y porte le reste de sa vie un air embarrassé, contraint, un propos toujours hors de propos, des manières lourdes et maladroites, dont l'habitude d'y vivre ne le défait plus, et qui n'acquièrent qu'un nouveau ridicule par l'effort de s'en délivrer. Chaque sorte d'instruction a son temps propre qu'il faut eonnoître, et ses dangers qu'il faut éviter. C'est sur-tout pour celle-ci qu'ils se réunissent; mais je n'y expose pas non plus mon élève sané précautions pour l'en garantir.

Quand ma méthode remplit d'un même objet toutes les vues , et quand , parant un inconvénient, elle en prévient un autre, je juge alors qu'elle est bonne, et que je suis dans le vrai. C'est ce que je crois voir dans l'expédient qu'elle me suggère ici. Si je veux être austère et sec avec mon disciple, je perdrai sa confiance, et bientôt il se cachera de moi. Si je veux être complaisant, facile, ou fermer

les yeux, de quoi lui sent d'être spus ma garde? Je ne fais qu autoriser son désordre , et soulager sa conscience aux dépens de la mienne. Si je l'introduis dans le monde avec le seul projet de l'instruire, il s'instruira plus que je ne veux, Si je l'en tiens, éloigné jusqua la fin, qu aurarfc-il appris de moi? Tout, peut-être, hors l'art le plus nécessaire à l'homme et au citoyen, qui est de savoir vivrçe avec ses semblables. Si je donne à ces soins une utilité trop éloignée, elle sera pour lui comme nulle ; il ne fait cas que du présent. Si je me contente de lui fournir des amusements, quel bien lui fais-je? il s'amollit et ne s'instruit point.

Rien de tout cela. Mon expédient seul pourvoit à tout Ton cœur, dis-je au jeune homme, a besoin d'une compagne ; allons chercher celle qui te convient : nous ne la trouverons pas aisément peut»être T le vrai mérite est toujours rare; mais ne nous pressons ni ne nous rebutons point. Sans doute il en est une, et nous la trouverons à la fin, ou du moijfs celle qui en approche le plus. Avec un projet si flatteur pour lui je l'introduis dans le monde. Qu'ai-je besoin d'en dire .davantage? Ifc .voyez-vous pas que j'ai tojit feit?

En lui peignant la maîtresse que je lui destine, imaginez si je «aurai m'en faire écouter, si je saurai, lui rendre agréables et chères les qualités qu'il doit aimer, si je saurai disposer tous ses sen-

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