‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 15 sur 160 · LITRE IV · texte numérisé non relu

LITRE IV

> fassent par-tout retrouver hors de lui; d'écarter

| avec soin ceux qui le rpsserrent, le concentrent,

et tendent le ressort du moi humain; c est-à-dire en d'autres termes , d exciter en lui la bonté, l'humanité, la commisération, la bienfaisance, toutes les passions attirantes et douces qui plaisent naturellement aux hommes , et d'empêcher de naître l'envie, la convoitise, la haine, toutes les passions repoussantes et cruelles, qui rendent, pour ainsi dire, la sensibilité non seulement nulle, mais négative, etfont le tourment de celui qui les éprouve? Je crois pouvoir résumer toutes les réflexions précédentes en deux ou trois maximes précises-,

claires ; et faciles à saisir.

première Maxime.

U n'est pas dans le cœur humain de se mettre à la place des gens qui sont plus heureux que nous, mais seulement de ceux iqui sont plus à plaindre.

Si l'on trouve des exceptions à cette maxime, elles sont plus apparentes que réelles. Ainsi l'on ne se nïet pas à la place du riche ou du grand auquel on s'attache; même en s'attachant sincèrement , on ne fait que s'approprier une partie de son bien-être. Quelquefois on l'aime dans ses malheurs: mais, tant qu'il prospère, il n'a de véritable -ami que celui qui n'est pas la dupe des apparences, et qui

le plaint plus qu'il ne l'envie, malgré sa prospérité.

On est touché du. bonheur de certains états, par exemple, de la vie champêtre et pastorale. Le charme de voir ces bonnes gens heureux n'est point empoisonné par l'envie, on s'intéresse à eux véritablement. Pourquoi cela? parcequ'on se sent maître de descendre à cet état de paix et d'innocence, et de jouir de la même félicité : c'est un pis-aller qui ne donne que des idées agréables, attendu qu'il suffit d'en vouloir jouir pour le pouvoir. Il y a toujours. du plaisir à voir ses ressources, à contempler son prcfpre bien, même quand on n'en veut pas user.

Il suit de là que, pour porter un jeune homme à l'humanité, loin de lui faire admirer le sort brillant des autres , il faut le lui montrer par les côtés, tristes; il faut le lui faire craindre. Alors, par Une conséquence évidente, il doit se frayer une route au bonheur, qui ne soit sur les traces de personne. ♦ A *\

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