‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 18 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

des peines du riche, et montrent l'inanité de ses vains plaisirs : quel grossier sophisme! les peines du riche ne lui viennent point de son état, mais de lui seul, qui en abuse. *Fût-il plus malheureux que le pauvre même, il n est point à plaindre, parceque ses nlaux sont tous son ouvrage, ef qu'il ne tient qu'à lui d'être heureux.* Mais la peine du misérable lui vient des cholfes* de la rigueur du sort qui s'appesantit sur hiL II n'y a point d'habitude qui Un puisse ôter le sentiment physique de la fatigue, de l'épuisement,* de la faim : lé bon esprit ni la sagesse ne servent de rien pour l'êxemptér des maux de son état. Que gagùe Épictéte de pré* voir que son maître va lui casser la jambe? la lui casse-t-il moins pour cela? il a par-dessus son mal le mal de la prévoyance. Quand le peuple seroit* . aussi sensé que nous le supposons stupide, q\ie pourroit-il être autre que ce qu'il est? <Jue pourroit-il faire autre que ce qu'il fait ? Étudiez les gens de cet ordre, vous verrez que, sous un autre lan- . gage, ils ont autant desprit et plus de bon sens que vous. Respectez donc votre espèce; songez qu'elle est composée essentiellement de la collection des peuples; 'que, quand tous les rois et tous les philosophes en seroient ôtés, il n'y paroîtroit guère, et que les choses n'en iroient pas plus mal. En un mot , apprenez à votre ^élève à aimer tous les hommes , et même ceux qui les déprisent ; faites

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en sorte qu'il ne se place dans aucune classe, mais qu'il, se retrouve dans toutes : parlez devant lui du genre humain avec attendrissement , avec pitié même, mais jamais avec mépris. Homme, ne déshonore point l'homme. *

C'est par ces routes et < Ta u très semblables, bien contraires à celles qui sont frayées , qu'il convient de pénétrer dans le cœur d'un jeune adolescent pour y exciter les premiers mouvements de la nature, le développer et 1 étendre sur ses semblables; à quoi j ajoute qu'il importe de mêler à ces mouvements le moins d'intérêt personnel qu'il est possible; surtout point de vanité, point d'émulation, point de gloire, point de ces sentiments qui nous forcent de nous comparer aux autres; car ces comparaisons ne se font jamais sans quelque impression de haine contre ceux qui nous disputent la préférence, ne fût-ce que dans notre propre estime. Alors il faut saveugler ou s'irriter, être un méchant ou un sot: tâchons d'éviter cette alternative. Ces passions si dangereuses naîtront tôt ou tard, me dit-on, malgi^é nous. Je ne le nie pas; chaque chose a son temps et son lieu; je dis seulement qu'on ne doit pas leur aider à naître.

Voilà l'esprit de: là méthode qu'il faut se prescrire. Ici les exemple^ et les détails sont inutiles , pareequ'ici commence la division presque infinie des caractères , et qjiç chaque exemple que je dbn-

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